J’ai dû chevaucher la tempête — Yann Layma

⌧ FICHE TECHNIQUE ⌧

Titre : J’ai dû chevaucher la tempête
Sous-titre : Les tribulations d’un bipolaire
Auteur : Yann LAYMA
Date de Parution : 06 Septembre 2012
Éditeur : La Martinière
Nombre de Pages : 288
Prix : 19 €

⌧ SYNOPSIS ⌧

« Cette fois-ci, c’est sûr, je vais mourir. Allongé dans ma baignoire, les pieds attachés avec ma ceinture, agrippé à mon sèche-cheveux. J’en ai pourtant connu des dépressions. Des flambées d’exaltation, aussi. Depuis l’adolescence, m’envoler vers des sommets d’euphorie pour mieux m’écraser au fond de gouffres de léthargie, ça a été le tempo de ma vie de maniaco-dépressif, ou de malade « bipolaire », comme on nous désigne désormais… »

Ainsi commence le récit hallucinant de Yann Layma, l’histoire d’une vie pas comme les autres, marquée par la folie bipolaire. De rocambolesques aventures en auto-stop jusqu’aux grands reportages dans 75 pays, d’un travail inédit dans l’intimité de Mitterrand à la vie chez les Dong de Chine, de la découverte de Confucius à la survie sur une île déserte ou l’expérience sordide du cachot, la vie de Yann Layma a un arrière-goût de Voyage au bout de l’enfer. Même si, pour paraphraser Hergé, « pour trouver la voie, il faut vous couper la tête », Yann Layma n’en a pas pour autant perdu la raison, comme en atteste ce témoignage inédit, entre récit d’aventures et combat plein d’espoir contre la maladie maniaco-dépressive. Un destin hors du commun qui n’est pas sans rappeler les exploits des grands héros occidentaux de la littérature ou du cinéma qui se sont eux aussi perdus en Asie.

⌧ CHRONIQUE ⌧

Les premières phrases de ce témoignage, en gras dans le synopsis ci-dessus, tirent la sonnette d’alarme et laissent présager le pire. Pourtant, quelques lignes plus tard, on découvre une toute autre vérité. En trois paragraphes, Yann Layma nous livre toute l’intensité du livre à venir, ce tiraillement entre une maladie psy handicapante et une envie de vivre pleinement, tout simplement admirable.

Chaque chapitre commence par des tirages en double-page, issus du travail de photojournaliste de l’auteur, et même en noir et blanc, on sent l’âme créative qui se cache derrière ces instants capturés aux quatre coins du monde. Le récit en lui-même peut paraître décousu : Yann Layma enchaîne flashbacks et transgressions, mais tout ceci ne gêne en rien la découverte de son tumultueux passé et ne fait au contraire que renforcer ce côté « tribulations » et « marin pris dans la tempête ». On suit les cheminements de pensée d’un homme qui s’est battu contre vents et marées, pendant des décennies, contre une maladie qui était bien plus tabou qu’elle ne l’est pourtant encore aujourd’hui. On découvre avec lui les avancées médicales, la progression dans la prise en charge, les informations enfin partagées sur ce fléau qu’est la bipolarité.

Yann Layma oscille toujours entre deux extrêmes : dépression et exaltation, léthargie et projets grandiloquents, vie parisienne et exil en Chine,… Il va des plus belles réussites en plus cuisants échecs mais à chaque fois, il parvient à se relever, et c’est même à travers ce parcours chaotique qu’il prendra conscience de son état et apprendra à en tirer les bonnes leçons.

Après une enfance très riche entourée de parents aimants, l’auteur se lance à l’assaut de la Chine qu’il nous fait découvrir à sa façon, au gré de ses pérégrinations intérieures, de ses humeurs, de ses amis, de ses contrats. Il vit sur des montagnes russes, capable du meilleur comme du pire, et on ne sait jamais comment telle ou telle aventure va se terminer tant il est imprévisible dans ses comportements et dans ses réactions. Mais dès le début, on sent le caractère d’un grand homme. Bien qu’instable, il ne perd jamais totalement espoir et semble décider à en découdre jusqu’au bout sans verser dans le misérabilisme : il expose les grandes étapes qui ont jalonné son parcours, parfois avec humour, parfois avec remords et regrets, parfois aussi avec colère ou amertume… Mais il parvient toujours à donner cette impression d’une incroyable force de caractère en dépit de tout, et cette volonté inébranlable d’informer au mieux sans s’apitoyer sur son sort ou rentrer dans des détails trop glauques.

J’avais hésité à cocher la case de ce titre en tentant ma chance lors de la Masse Critique d’octobre, j’avais justement peur de tomber sur une lecture trop « lourde », trop « trash », sachant que je suis bien trop sensible à ce genre de choses… mais Yann Layma a su, selon moi, trouver le juste équilibre.

Ses tribulations ont parfois influencé les stades de sa maladie, et vice-versa : ses humeurs ont souvent influencé ses projets, ses choix de destination. Il vit au sein d’une continuelle tempête mais tient bon même si malheureusement, l’envie de baisser les bras se fait parfois ressentir. De ses frasques en Chine, il revient finalement en France où il apprend à comprendre ce dont il souffre, où il trouvera un soulagement évident de pouvoir enfin mettre un mot sur ses maux. Il découvre les galères des hospitalisations, des traitements aux effets secondaires conséquents, mais aussi la difficulté de dialoguer avec son entourage sur le mal qui le ronge. Il jongle entre ceux qui restent à ses côtés pour le soutenir au mieux et ceux qui préfèrent prendre de la distance. Les maladies psy ont toujours tendance à effrayer, souvent par manque d’informations, mais Yann Layma ne lâche pas l’affaire. Il va tout essayer et en ressortir grandi, il prendra petit à petit du recul face à certaines situations. Et on ne peut s’empêcher de comparer son destin à celui de Pierre, son ami de toujours. Ils ont géré la maladie chacun à leur façon et leurs chemins ont trouvé une toute autre issue.

Je suis sincèrement bluffée de voir tout ce que cet homme a su entreprendre dans la vie malgré un diagnostic plus que tardif et des facteurs aggravants. C’est un bel exemple pour tous les malades psy, une bouffée d’espoir pour ceux qui, comme lui, doivent chevaucher la tempête au quotidien. Ce livre m’a réellement apporté quelque chose, il m’a ouvert les yeux, m’a fait prendre conscience de certains points,…

Une belle leçon de vie à faire découvrir aux personnes souffrant de troubles de l’humeur, à leur entourage… ainsi qu’au reste de la société – pour une meilleure acceptation et compréhension de ce handicap encore méconnu ou trop souvent victime de vieux clichés.

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