Les Affreux — Chloé Schmitt

⌧ FICHE TECHNIQUE ⌧

Titre : Les Affreux
Auteur : Chloé SCHMITT
Date de Parution : 07 Septembre 2012
Éditeur : Albin Michel
Nombre de Pages : 189
Prix : 16 €

⌧ SYNOPSIS ⌧

« Grandir et crever. Même avec plein de choses au milieu, c’est pas une vie. »

D’un jour à l’autre, un homme perd l’usage de son corps. Pas tout à fait mort, plus réellement vivant, il assiste, impuissant, au spectacle d’un monde sur lequel il n’a plus prise. Lâche, cruel, vulgaire. Le monde tel qu’il est ou tel qu’il le voit?
Dans un souffle furieux, porté par une langue heurtée et sans cesse réinventée, ce roman raconte la déchéance d’un homme et, au-delà, l’impossible communication dans une société qui court à sa perte.

⌧ CHRONIQUE ⌧

Imaginez-vous coincé dans un corps inerte mais l’esprit alerte. Sans même le réconfort de la parole, de la communication, sans pouvoir faire comprendre aux médecins et à votre entourage que vous êtes encore là, à travers de simples grognements… « Bienvenue » dans la vie d’Alfonse… Son calvaire…

Ce roman est constitué de très courts chapitres qui nous présentent le nouveau quotidien de ce pauvre homme, comme si nous regardions les épisodes d’une série télévisée. Le ton est mordant, incisif, sans concession. L’ambiance morne, lourde, désespérée, impuissante. Les phrases sont construites comme si nous étions directement dans la tête d’Alfonse, comme si nous entendions directement ses cheminements mentaux, qui sont à peu près tout ce qu’il lui reste. Le langage est familier et les négations souvent manquantes. Ce style permet une plus grande immersion mais la syntaxe m’a quelquefois contrainte à relire telle ou telle phrase.

« Plus on grandit, plus on se rapproche du plafond, moins y a de place pour rêver. »

Alfonse nous conte ici sa vie depuis un accident vasculaire cérébral, la quarantaine à peine entamée. Une vie où les heures s’égrainent à regarder le plafond, à ruminer sur sa vie passée, les opportunités manquées, les remords et les regrets lui dévorant le cœur sans la moindre possibilité d’évacuer les tensions qui en découlent. Cette terrible solitude et l’amertume de toutes ces pensées qui l’envahissent lui font porter un tout autre regard sur des choses, des personnes qu’il fréquentait au quotidien. Des détails a priori sans importance deviennent alors insupportables : la tendresse étouffante de sa femme Clarisse, la complaisance qu’elle affiche pour leurs malheurs, son pas traînant. L’univers d’Alfonse tourne autour d’elle, il est entièrement dépendant d’elle, il n’a pas le choix et la vérité se fait encore plus cruelle.

Et la débâcle se poursuit… Les rapports d’Alfonse se font antagonistes : Clarisse passe du stade de la femme à l’amour et au soutien inébranlable à celui d’une femme désespérée, à bout, qui n’en peut plus. Annabelle passera des bras d’une brute épaisse à ceux d’un homme trop mielleux. Les amis et collègues se font soit distants soit moqueurs et/ou condescendants. Comme on dit, le malheur des uns fait le bonheur des autres…

« Avec l’AVC qui me tordait la gueule, j’étais plus présentable. Si seulement la tête était partie avec ! Le pire c’est pas ce qui s’est barré, c’est de vivre avec le reste ! »

Alfonse vogue ainsi au gré des marées sur lesquelles il n’a plus aucune emprise, piégé pour toujours dans l’immobilité. Il va de Charybde en Scylla. Le réconfort devient une épreuve supplémentaire, et de certaines de ces épreuves émergera une autre forme de réconfort. Les trames s’entremêlent en un curieux ballet, d’autant plus cruel et injuste qu’Alfonse ne peut justement même plus marcher. On le sent désemparé, résigné au pire, et il semble pourtant toujours y avoir une petite étincelle en lui, une volonté de trouver un peu de lumière dans son éternelle nuit, même s’il a du mal à l’admettre. On sent un homme courageux, qui veut en découdre, mais les dés sont, malheureusement pour lui, truqués et le combat perdu d’avance. La fin arrive comme un couperet et jusqu’au bout, Chloé Schmitt aura su exploiter cette ambivalence entre fatalisme et envie de croire en un lendemain meilleur… On sort ainsi de ce roman à la fois égratigné et avec cette irrépressible envie de mordre la vie à pleines dents avant que le destin ne nous rattrape.

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