La nuit a dévoré le monde — Pit Agarmen

⌧ FICHE TECHNIQUE ⌧

Titre :  La nuit a dévoré le monde
Auteur : Pit AGARMEN / Martin PAGE
Date de Parution : 23 Août 2012
Éditeur : Robert Laffont
Nombre de Pages : 220
Prix : 18 €

⌧ SYNOPSIS ⌧

Depuis longtemps, l’Homme a atteint le stade ultime de la décadence et de la cruauté. Il n’y avait sans doute qu’un pas pour qu’il se transforme en monstre…
Une épidémie a changé la plupart des êtres humains en créatures démoniaques, avides de chair et de sang. On a vite compris leur nature : ce sont des zombies. Rien n’a pu les arrêter, ni la police, ni l’armée. Ils ont tout ravagé.
Antoine Verney est un survivant par hasard. Il n’a rien d’un héros. Il se retrouve à la fois prisonnier et protégé dans un immeuble parisien, alors que dans les rues les morts-vivants pourchassent les derniers humains. Du haut de sa tour, tel Robinson sur son île, Antoine apprend à survivre et se confronte à la terreur. Armé d’un fusil, il découvre avec surprise qu’il peut tuer et qu’il a même un certain talent pour ça. C’est un double combat qu’il va devoir mener, pour s’inventer une nouvelle vie et ne pas sombrer dans la folie.

⌧ CHRONIQUE ⌧

Pit Agarmen est l’anagramme du nom de plume de l’auteur français Martin Page. J’ai un peu de mal à comprendre ces écrivains qui cachent leurs œuvres derrière différents noms, mais soit ! Il a en tout cas su parfaitement détourner les codes du genre zombie. Il met ici en avant la psychologie de son personnage, les questionnements que de tels événements peuvent induire chez les rares survivants. Comment survivre quand tous nos repères se sont écroulés ? Quand on n’a plus rien ni personne à quoi/qui s’attacher ? Comment se redéfinir quand l’autre n’est plus là pour nous apporter un regard extérieur sur nos faits et gestes ? Sur notre façon d’être… Oubliez le gore, le sang qui gicle toutes les deux lignes et l’action qui surgit à toutes les pages ! C’était ce que je cherchais en choisissant ce titre : une sorte d’interrogation sur la nature humaine, et je l’ai vraiment apprécié malgré deux petits bémols.

Le récit est donc basé sur le quotidien d’un homme épargné par la contamination initiale, tout comme par les vagues suivantes, quand les premiers zombies ont infecté leur entourage encore sain. Il ne se passe pas grand-chose au final, et pourtant nulle longueur dans l’intrigue. On suit les mesures de protection instaurées par Antoine, les précautions qu’il prend pour rester sain et sauf au fil des mois, on le voit faire des erreurs… et en tirer des leçons.

Au niveau du style, la plume de Pit Agarmen est sans fioritures mais parvient toutefois à véhiculer de très fortes images, comme avec la métaphore de l’Amérique à laquelle il compare ce Paris post-apocalyptique. Un nouveau monde dont on dépossède les aborigènes. Antoine est un Indien : il a vu les « envahisseurs zombies » massacrer son peuple et investir les lieux, sans peur ni reproches.

Le début m’a un peu chagrinée. Le monde bascule en une seule nuit et Antoine échappe au massacre de masse juste parce qu’il se trouvait dans une autre pièce, en train de se saouler en solitaire au milieu d’une grosse fête. Cette explication m’a paru un peu facile, surtout que par la suite, il est souligné que les zombies « sentent » les personnes saines. Il ne s’était pas physiquement enfermé dans la pièce où il s’était isolé, bref tout le monde pouvait entrer ou sortir à son insu.

Heureusement, j’ai vite pu surmonter ce petit blocage et j’ai affronté les mille et une réactions de cet homme, un écrivain un peu marginal qui passera d’un extrême à l’autre. Il se fait passif et actif, résigné et révolté, tantôt misérable tantôt presque satisfait de sa nouvelle condition, il cherche le bruit pour combler l’absence avant de bénir le silence. Ces nombreux antagonismes sont assez déstabilisants et font toute la force de ce récit.

Face à un futur plus qu’incertain, il se souvient du passé pour ne pas avoir à affronter le présent. Mais le temps qui s’écoule le contraint petit à petit à abandonner ses œillères. Il se réfugie alors dans les petits gestes de la vie quotidienne, tente de trouver un peu de vie là où c’est encore possible. Au point où il finit par envier ce conformisme qu’il a pourtant fui comme la peste toute sa vie. Tout n’aurait-il pas plus de sens s’il se joignait enfin aux autres ? S’il cessait une bonne fois pour toutes de lutter à contre-courant ?

C’est un jeune homme de nature asociale et il ne s’en cache pas. Pourtant, je l’ai trouvé à plusieurs reprises encore plus malsain que cette société condamnée qu’il accusait de tous les maux. Il accuse le capitalisme mais se montre arrogant et un brin mégalomane dans certains passages. Il reprochait le comportement injuste de la majorité de la population à son égard, mais on sent en lui un tel désir de vengeance qu’on ne peut s’empêcher de croire qu’au final, il ne vaut pas mieux. Il s’abaisse au niveau des gens qu’il accuse et ce n’est guère joli… (je parle ici de l’épisode du chat et de celui de la nourriture gaspillée par le balcon.)

Alors oui, il vit dans des conditions extrêmes, sans le moindre espoir d’amélioration ou de compagnie. Il vit en prison, une prison d’autant plus horrible que c’est lui qui l’a choisie. Nul doute que beaucoup d’entre nous y laisseraient la raison, mais certaines de ses réflexions m’ont paru un peu extrêmes et m’ont donc empêchée de vraiment m’attacher au héros. Il reste pourtant intéressant de voir combien Antoine dit détester les hommes mais combien il cherche finalement leur contact. C’était déjà un individu déchiré entre deux vérités, et même la fin du monde tel que nous le connaissons ne parviendra pas à résoudre son dilemme.

Au moment où je commençais à me demander où voulait vraiment en venir l’auteur, la conclusion arrive et la tension monte. La peur revient, le danger est imminent mais…

Je n’en dirai pas plus pour ne pas spoiler l’effet du final, mais cette lecture reste un bon moment à mes yeux, pour son originalité et sa pertinence à défaut d’avoir un personnage principal auquel on puisse un tant soit peu s’identifier. Mais Antoine reste crédible, son comportement plausible, alors il serait bête de ne pas partir à la découverte de notre capitale ainsi ravagée.

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