Récolte la Tempête — Jean-Albert Mazaud

⌧ FICHE TECHNIQUE ⌧

Titre : Récolte la Tempête
Auteur : Jean-Albert MAZAUD
Date de Parution : 08 Février 2012
Éditeur : Milan – Macadam
Nombre de Pages : 100
Prix : 9,90 €

⌧ SYNOPSIS ⌧

— Qui es-tu ?
— Je suis… il y a… une femme est là, à terre… elle va mourir…
— Tu es un soldat ?
— J’étais… mais j’ai fui… avec elle…
— Tu as une arme?
La voix le cisaillait, Ijaz n’en pouvait plus :
— Aidez-moi… aidez-la…

Ijaz est soldat. Obéir, se battre, même tuer parfois, Ijaz n’a pas le choix. Il a oublié pourquoi il fait tout ça. Il le fait, voilà tout. Mais un jour, lors de l’attaque d’un village, on lui en demande trop. Sa seule issue : fuir. Et essayer de se reconstruire, de réapprendre à vivre… À quinze ans, tout est possible.

⌧ CHRONIQUE ⌧

Un roman au petit format – une centaine de pages à peine – mais au message fort et percutant. Une histoire malheureusement trop réelle, celle d’un enfant-soldat, que nous suivons dans sa fragile quête de rédemption.

Si certains pourraient trouver la plume de l’auteur quelque peu hachée, décousue, elle a à mes yeux parfaitement épousé le thème abordé. Je n’ai pu m’empêcher de comparer ces phrases à l’enchaînement atypique aux tourments de l’âme d’Ijaz. L’horreur de la guerre est omniprésente, tant dans les corps que dans les esprits. Jean-Albert Mazaud n’enjolive pas la réalité, aussi choquante et pénible qu’elle puisse être, mais il ne tombe pas non plus dans le voyeurisme et le « trash gratuit ». Il nous met face à une vérité qui dérange, qu’on préfère souvent taire plutôt que d’affronter ouvertement.

Le jeune (anti-)héros, Ijaz, s’est toujours débattu pour survivre quand bien même il avait tout perdu. Il n’a pas toujours eu le choix, il a suivi le courant pour rester en vie. Que quelqu’un ose lui jeter la première pierre pour avoir agi ainsi… Il est pourtant arrivé à un point où il sature, ne peut plus rien encaisser, plus rien infliger… Il s’enfuit sur un coup de tête avec la victime qu’on lui avait désignée. Livré à lui-même, la peur de représailles lui tiraillant le ventre, la responsabilité d’une femme sur les épaules quand, en d’autres circonstances, les rôles auraient plutôt dû être inversés, Ijaz avance et n’ose pas trop réfléchir au lendemain.

Il trouvera refuge dans l’ancien campement d’un organisme humanitaire international, un campement géré pour les femmes et par une femme. Il sait qu’il n’y a pas sa place mais où pourrait-il aller d’autre ? Neige, la directrice, finit tout de même par lui donner son aval. Elle paraît froide et distante de prime abord, à l’instar de son prénom, mais se révèlera certainement le personnage le plus humain de ce roman. Elle ne ménage pas Ijaz, pour le pousser à trouver lui-même les réponses aux questions qu’il se pose et qui le torturent jour et nuit. Elle est d’ailleurs la seule personne avec qui il tisse petit à petit de réels liens. Il s’enferme dans le silence et la solitude, ne sait comment affronter le regard des autres quand il ne sait pas lui-même affronter son propre reflet après ce qu’il a fait par le passé… ou plutôt ce qu’on lui a fait faire…

Car Ijaz n’a que quinze ans. Il doit encore se forger un caractère, une personnalité, chose incroyablement ardue quand on a grandi sans autre repère que « tuer ou être tué ». Il est parvenu à ouvrir les yeux et à prendre la décision qui s’imposait, mais comment se relever avec tant de choses sur la conscience, tant de remords, tant de regrets ? Comment se reconstruire quand on a l’impression de n’être que ruines et désolation ? Il se met en tête de se rendre utile auprès de la petite communauté. Il travaille d’arrache-pied, il travaille trop. Quelque part, il fuit… sans s’en rendre compte. Il s’acharne à vider un vieil entrepôt pour voir ce qui pourrait encore servir et aider les autres, sans jamais penser à lui. Cette mission dont il s’est investi n’est qu’une échappatoire, une façon d’oublier pendant quelques heures la difficulté qu’il ressent à trouver sa place. Peut-être même un geste symbolique, comme si vider les locaux lui permettait d’expulser ses crimes hors de son corps et donc de son esprit. Il est également fasciné par une légende qu’on lui avait racontée avant que sa vie ne bascule dans le drame et l’horreur, le mythe de l’Enfant-Cri. Une légende qui reflète parfaitement le parcours d’Ijaz.

Grâce au soutien discret mais inconditionnel de Neige, Ijaz trouvera la force d’affronter la fin de la guerre. Son combat ne fait quelque part que commencer, l’histoire racontée est dure et sans détour, mais on ne peut pourtant s’empêcher d’y voir un hymne à l’espoir et à la seconde chance.

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