Z le Roman de Zelda — Therese Anne FOWLER

⌧ FICHE TECHNIQUE ⌧

● Titre français : Z, le Roman de Zelda
● Titre original : Z, A Novel of Zelda Fitzgerald
Auteur : Therese Anne FOWLER
Date de Parution : 02 Mai 2013
Éditeur : Michel Lafon
Nombre de Pages : 427
Prix : 20,50 €

⌧ SYNOPSIS ⌧

Elle a 17 ans, c’est une belle du Sud, petite dernière d’une famille bourgeoise de Montgomery, exubérante et fantasque. Quand elle le rencontre lors d’un bal, il a 21 ans, porte l’uniforme et veut vivre de sa plume. Bravant les conventions, elle part l’épouser à New York, quelques jours après la sortie de son premier roman, « L’Envers du paradis ». Le livre est un immense succès, et les deux amoureux deviennent instantanément célèbres, propulsés dans un tourbillon de fêtes effrénées entre Long Island, Paris et la Riviera française. Elle, c’est Zelda ; lui, c’est Scott : ils viennent d’entrer dans la légende.
Mais l’insouciance de la vie mondaine, les dépenses folles et les flots de champagne détruisent l’harmonie du couple. Tandis que Scott sombre dans l’alcoolisme, la délaisse et l’accuse de tous les maux, Zelda lutte corps et âme pour exister. Écriture, peinture, danse, elle cherchera éperdument son identité jusqu’à en perdre la raison, et disparaîtra de façon tragique dans l’incendie de son dernier asile. Toute sa vie, elle sera restée dans l’ombre de l’homme qu’elle a aimé à la folie. Ce roman lui rend enfin sa voix.

⌧ CHRONIQUE ⌧

Therese Anne Fowler a accompli avec ce livre un travail de titan, ne serait-ce qu’au niveau de la documentation et des recherches. Elle a patiemment recueilli tous les articles, lettres personnelles, œuvres dans divers domaines artistiques,… tous les petits bouts de vie du couple Fitzgerald pour retracer au mieux leur parcours, leurs rêves et leurs échecs. Alors, même s’il s’agit bien sûr d’une biographie romancée comportant des ajouts personnels pour mieux relier les faits, elle a à mes yeux parfaitement su rendre hommage à cet homme et à cette femme entrés si jeunes dans le mythe du rêve américain.  

Il est difficile de passer à côté de romans tel « Gatsby le Magnifique », mais j’avoue que je ne m’étais encore jamais penchée sur l’envers du décor. J’étais donc loin de connaître la vie tumultueuse que F. Scott Fitzgerald et sa femme avaient vécue. À la veille de l’armistice de la Première Guerre Mondiale, nous découvrons ainsi Zelda dans un Sud encore fortement conservateur, aux traditions rigides malgré l’abolition de l’esclavage. Son père est juge, sa mère soumise même quand elle est en désaccord avec son époux. Ses sœurs suivent peu à peu le même chemin et disent de Zelda qu’elle a du piment dans les veines. Âgée de dix-sept ans, elle aime danser, s’amuser, flirter sans s’impliquer, déroger aux règles tout en gardant un visage d’ange et une âme honnête. Elle veut s’émanciper mais ne s’intéresse pourtant pas aux luttes pour l’évolution des droits des femmes dans la société.

Sa façon de considérer les hommes va pourtant changer de façon radicale lorsqu’elle rencontre Scott au cours d’un bal. Séduite par son regard qui lui évoque l’Irlande, charmée par la danse qu’il lui demande, elle en tombe aussitôt amoureuse – d’autant plus qu’il semble du même tempérament hors-normes qu’elle, avec ses rêves d’écrivain alors qu’il est appelé à rejoindre prochainement le front de la guerre qui ravage l’Europe. Les parents de Zelda commettent l’erreur de vouloir la dissuader de ce qu’il considère comme une vulgaire amourette, et le métier d’écrivain n’avait alors rien de respectable. Zelda était appelée à devenir une épouse modèle, c’est-à-dire une femme au foyer. Autres temps, autres mœurs. Nul besoin de préciser que leur attitude n’a fait que l’encourager à persévérer sur la voie qu’elle avait choisie.

Malgré la fin de la guerre, la situation de ces jeunes amoureux n’a rien de simple… Scott est contraint de rejoindre New York s’il veut mener à bien ses projets et percer dans le milieu littéraire, mais il n’a pas de quoi subvenir aux besoins de sa fiancée qui reste donc en Alabama. Les tensions s’accumulent mais finiront par se dénouer quand le premier roman de Scott, « L’Envers du Paradis », connaît des ventes phénoménales dès sa parution. Le couple est réuni et peut enfin se marier, il ne manque de rien : l’argent coule à flots et tout le monde les sollicite. Pourtant, à travers ce roman, on prend douloureusement conscience des ambitions démesurées que l’écrivain ne parvient pas à assouvir. Pire encore, elles le paralysent petit à petit et assèchent sa plume, ne faisant que renforcer le sentiment d’insécurité et le manque de confiance en lui dont il souffre. Zelda, quant à elle, joue un rôle : elle se fait passer pour la flapper du roman de son jeune époux pour des questions de publicité, alors qu’elle est toute autre. Scott va très rapidement trouver refuge dans l’alcool et les fêtes interminables. Zelda danse avec lui tous les soirs jusqu’au bout de la nuit, joue les extravagantes, alimente la presse à scandales. Ils collectionnent les amitiés, mais les sommes qu’ils gagnent n’attirent pas forcément les meilleures intentions. Ils dépensent sans compter, des sommes époustouflantes que leurs revenus pourtant conséquents ne suffisent pas à combler. Scott est obligé de vendre : un essai, une nouvelle, un article, peu importe… Il faut trouver de l’argent pour éponger les dettes. Et c’est l’engrenage infernal. Il travaille sous pression, boit de plus en plus pour pouvoir faire face mais produit de moins en moins. Les années passent et les fausses excuses s’accumulent, finissant par exaspérer Zelda qui se sent négligée et abandonnée.

L’argent les avait réunis, il va tout autant les désunir. Comme le souligne l’auteure de cette biographie, on ne saura jamais qui a entraîné l’autre dans le gouffre. Certains affirment que Zelda empêchait son époux de travailler par son comportement fantasque et frivole, d’autres – tout aussi nombreux – ne démordent pas que c’est Scott qui a négligé, rabaissé et poussé sa femme à bout, au point où elle en a perdu la raison. Therese Anne Fowler nous permet de suivre leur périple à travers plusieurs états américains, mais aussi en Italie, en Suisse, à Paris, sur la Riviera méditerranéenne. Les Fitzgerald ne tiennent pas en place, persuadés que leur bonheur se trouve ailleurs. Mais les déménagements n’ont jamais résolu le moindre problème et les conflits et les non-dits qui les opposent finissent toujours par les rattraper. Sur un rythme de vie toujours aussi endiablé et décadent, arguant leur modernité, ils vont et viennent, cachent leurs blessures les plus profondes, ressemblent finalement à des acteurs s’inventant une vie qui n’est pas vraiment la leur, sans réaliser combien ils se perdent tous deux en chemin…

C’est un roman au goût doux-amer, une histoire d’amour corrompue par l’argent où les problèmes de l’un amplifient ceux de l’autre, et vice-versa. On trépigne, on espère, on désespère, on les exhorte à se parler, à trouver une solution, à faire des compromis… L’identité aussi fracturée que leur couple, ils lutteront de toutes leurs forces, au-delà de toute raison, mais s’échoueront sur les écueils de leurs douces illusions.

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