Anthologie : Fin(s) du Monde

⌧ FICHE TECHNIQUE ⌧

Titre : Fin(s) du Monde
Sous-titre : 20 récits pour en finir avec l’apocalypse
Auteur : COLLECTIF
Date de Parution : Novembre 2012
Éditeur : Les Artistes Fous Associés
Nombre de Pages : 343
 Version papier : 9,90 € || Version ebook : Gratuite

⌧ SYNOPSIS ⌧

Prévue le 21 décembre 2012 (selon les Mayas ou Hollywood) ou pour dans 3 milliards d’années (selon les astrophysiciens) ; consécutive à un désastre écologique (toujours Hollywood) ou à la collision de notre galaxie avec sa voisine (toujours les astrophysiciens) ; qu’elle soit d’origine humaine ou d’intervention divine… la fin du Monde a toujours été au cœur de nos fantasmes et de nos peurs. Pour perpétuer la tradition, Les Artistes Fous Associés vous invitent à découvrir dans ce recueil 20 récits d’Apocalypse illustrés.

Épopée cosmique et bouffonne en rimes et en vers, odyssée hallucinatoire d’un dernier survivant sans cesse rêvant d’un ailleurs hors du temps, recueil de fragments de vie étranges et menaçants dessinant la fin du monde façon puzzle, farce fellinienne sexuelle et féroce, et tant d’autres : venant des quatre coins de la francophonie, des auteurs et des illustrateurs débutants comme confirmés vous font partager leur imaginaire et une part de leur folie. Comme un baroud d’honneur face à l’anéantissement collectif.

⌧ CHRONIQUE ⌧

Si fin 2012, le thème de la fin du monde a été surexploité, cette anthologie parvient toutefois à tirer son épingle du jeu. J’y ai trouvé une réelle recherche d’originalité, des paris audacieux, des textes parfois aussi déjantés que le label « Artistes Fous Associés ». Un ouvrage exploitant un thème commun de bien des façons, et pas forcément de la façon dont on s’y attendait ! Tout n’est pas toujours dit, les auteurs laissent l’esprit du lecteur vagabonder, réfléchir, établir ses propres théories, dresser ses propres conclusions. Sans pourtant laisser de goût d’inachevé. Je me suis ré-ga-lée et ai hâte de découvrir leur seconde anthologie parue.

Le collectif a su jouer sur le dilemme « fin du monde ou fin d’un monde ? », qui a fait naître tant de débats en fin d’année dernière. Ainsi, dans Émancipation, on suit la vie recluse d’un ermite agoraphobe. Un blackout et il perd les rares repères qui l’aidaient à affronter son quotidien. Quelles en sont les causes ? La coupure de courant généralisée l’enterrera-t-il vivant comme il a toujours vécu ou y trouvera-t-il sa planche de salut ? D’autres nouvelles mettent ainsi un individu à l’honneur, dans un monde tel que nous le connaissons. Bibliophobia nous parle d’une secte, de manipulation et de points d’ancrage, tandis que Ma Fin du Monde opte pour les différents stades d’un cancer, dans un format très court pouvant s’adapter à de nombreux cas. L’Apocalypse selon le Prince Jean et Souvenirs vont de paire et nous présentent le combat de deux hommes face à une Terre désertée : le premier s’acharne à fuir cette nouvelle réalité tandis que l’autre cherche à tout prix à valoriser ce qui était hier mais qui n’est plus aujourd’hui.

On retrouve cette même manière d’aborder le sujet – avec cette fois une touche de scénario catastrophe – dans Youpi on va tous mourir, où Marie Latour illustre magnifiquement bien le français moyen, roi des râleurs. Face à l’arrivée d’une météorite, le pays détruit, reconstruit, fait la fête ou travaille non-stop. Les tensions se sont effacées face à l’apocalypse à venir, mais chassez le naturel et il revient au galop ! J’ai sincèrement adoré la fin et le joli pied de nez fait à notre société actuelle.

Une touche de science-fiction dans La Fin d’un Monde, dont la lecture m’a un peu pesé. Un groupe de scientifiques étudie les aurores boréales depuis l’espace et va assister, impuissant, à la destruction de la Terre depuis la station internationale. Le côté huis-clos devient de plus en plus oppressant, il n’y a aucune place pour l’espoir, mais c’est plutôt le syndrome de Stockholm de l’héroïne qui m’a gênée, ainsi que la place trop grande donnée aux dérives sexuelles. Le phénomène est plausible, mais je l’ai trouvé malgré tout trop envahissant. Je n’ai pas non plus trouvé très élégant de reléguer comme par hasard l’allemand au rôle du dictateur sanguinaire… La fin m’a cependant estomaquée de façon très positive. L’idée de base était excellente ; je n’ai simplement pas adhéré à la forme.

Une touche de fantastique dans la nouvelle La ProphétesseFrançois Ali Wisard joue habilement sur la dualité persécuteur / persécuté. Un de mes textes-chouchou : Crises Tentaculaires, dénonce le quotidien morose que bon nombre d’entre nous connaissons, ainsi que l’indifférence générale de toutes ces familles dînant tranquillement devant guerres et massacres à l’heure des journaux télévisés. Ce poème rythmé comme un slam peut se lire à deux niveaux : une histoire débridée mettant Cthulhu en scène, ou le symbole d’une génération ravagée par les burn-outs, source de bien des drames.

Qui dit fin du monde, dit souvent écologie. L’Homme ravage tout et gaspille les ressources naturelles. Trois nouvelles ont choisi cette approche. Canicule, où le protagoniste glisse peu à peu dans l’irrationnel à cause de la chaleur. Sa fixation sur la couleur bleue, sa façon de passer de sa femme à sa mère, et le rythme indolent de l’intrigue met le lecteur mal à l’aise. On voit quelque chose se profiler à l’horizon, mais on a du mal à savoir quoi. Et quand on comprend ce qu’il va se passer, la fin tombe comme un couperet ! On retrouve le même côté dérangeant dans Khao-Okh, où Ana Minski donne voix au Darwinisme et à la loi du plus fort. La société dépeinte dans cette nouvelle est élitiste et eugénique. Les plus faibles sont parqués dans des réserves pour servir de nourriture aux autres. Les parallèles à dresser sont nombreux : notre façon actuelle d’élever et considérer les animaux, ainsi que la légitimité du massacre des amérindiens par les colons. Enfin, De terre et de sang met en scène une étrange allégorie de la mort de notre belle planète, où la protection de l’environnement est autant débattue que la nuance à apporter entre soins palliatifs et acharnement thérapeutique.

Contrat et Le Club de la Fin du Monde ont choisi de parler de démons. Dans le premier, un jeune homme de dix-huit ans veut vendre son âme au diable en échange de l’immortalité. Mais un pacte honnête est-il vraiment possible avec le Malin ? Le second m’a fortement déplu. Je l’ai trouvé trop malsain et vulgaire. C’est une véritable orgie de sexe et d’effusions de sang, où les rituels sataniques sont mis en avant pour une morale à laquelle je n’ai pas accroché.

Je parlais précédemment du côté déjanté de l’ouvrage. Clic ! et Clic 2 en sont un parfait exemple. C’est une véritable farce, une pluie de charabia, tournant autour de ces enfants qui s’amusent à jour-nuit près d’un interrupteur. Le Carnaval de Cobalt se la joue geek et nous présente une fin du monde d’origine extraterrestre, avec une lutte pour la survie à la Mario Bros.

Comme à mon habitude, je garde le meilleur pour la fin ! Je meurs comme j’ai vécu relate les aventures d’un survivant de l’apocalypse zombie, particulièrement macho et homophobe. En un mot : détestable ! Mais la narration est pleine de sarcasme, d’humour noir et de questions existentielles un brin cyniques. On voit la situation à travers les yeux des deux camps ; je me suis vraiment amusée ! Le Grand Lamento, nouvelle-bonus offerte dans la version numérique de l’anthologie, est d’une originalité criante. Les différents personnages sont dévoilés dans une série de « flashs ». Le monde a volé en éclats et le lecteur essaie de rassembler les pièces du puzzle pour comprendre ce qui a bien pu se passer. Le plus beau chef d’œuvre reste tout de même Noxos, où le monde post-apocalyptique se fait fantasmagorique. Le héros fait des rêves étranges entre deux luttes pour échapper aux goules. Mais Noxos n’est-elle vraiment qu’une chimère ? Un espoir refoulé ? Ne serait-elle pas plutôt la solution, la clé de l’énigme ? Ou bien le narrateur est-il tout simplement en train de perdre la raison ? Dans une prose très imagée, poétique et mélancolique, Aurélien Clause nous fait nous interroger sur la notion d’humanité. Qui peut vraiment être considéré comme rescapé dans un tel monde ?

Je ne m’attendais pas à un tel bijou en m’attaquant à cette anthologie. Si vous n’avez pas peur des textes parfois engagés, parfois loufoques ; si vous rêvez de lectures unilatérales ou à plusieurs niveaux ; si vous cherchez des textes très bien écrits dans une anthologie sans coquilles, je ne peux que vous conseiller Fin(s) du Monde !

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