Coeurs de Rouille — Justine Niogret

⌧ FICHE TECHNIQUE ⌧

Titre : Cœurs de Rouille
Auteur : Justine NIOGRET
Date de Parution : 13 Septembre 2013
Éditeur :  Le Pré aux Clercs – Pandore
Nombre de Pages : 273
Prix : 16 €

⌧ SYNOPSIS ⌧

Des robots traqués, jadis fidèles serviteurs. Des machines brisées, un mausolée de fer dans ce qui était auparavant une grande cité. Et partout flotte l’odeur de chair pétrifiée, car un tueur mécanique écorche les vivants pour voler leur peau. Saxe survit en travaillant sur les golems actionnés par magie. Dresde est une automate qui n’a connu que le luxe avant que son maître l’abandonne. Tout les sépare, et pourtant ils vont partager un rêve commun : s’enfuir de la forteresse. Une course peut-être sans espoir : retrouver la mythique porte ouvrant sur la liberté.

⌧ CHRONIQUE ⌧

Dès le prologue, le décor est planté. Un golem détraqué, qui n’hésite pas à se rebeller contre les hommes. Une cité en décrépitude. La quête aveugle d’une raison de vivre. Mais peut-on vraiment parler de vie lorsque l’on est un robot ?

Mais ce qui surprend surtout dans les premières pages, c’est la plume de Justine Niogret. Elle possède un style unique, qui prend au dépourvu. Le genre d’écriture à ne pas connaître de compromis : soit on adore, soit on en est gêné. Personnellement, deux-trois pages m’ont suffi pour en apprécier les subtilités. La narration donne à ce roman une ambiance exceptionnelle qui marque l’esprit du lecteur. Dans Cœurs de Rouille, Justine Niogret affiche une identité clairement discernable et je serais curieuse de voir si l’on retrouve ces mêmes caractéristiques dans ses autres romans.

Comme un exemple vaut mieux qu’un long discours dans ce genre de situation, voici un extrait du prologue :

« Le golem savait qu’il n’avait pas assez de doigts pour compter chaque traque. Pas assez de câbles, de blessures, pas assez de rien. Rien de lui n’était assez nombreux.
Il revoyait les herbes, les choses vertes, fines et douces, enfoncées dans les graviers par ses propres doigts, écrasées assez pour suinter, faire du jus, comme les humains quand ils se coupaient la peau. Sauf que là, c’était couleur de buisson, alors que les humains perlaient rouge. Ses déchirures à lui. »

Ce style parfois un peu haché et décousu reste pourtant très imagé, empreint de poésie et de mélancolie. Je l’ai trouvé particulièrement adapté au sujet traité : la place des machines créées par l’Homme dans sa société. Si le thème est assez récurrent – particulièrement au cinéma à travers des films comme « Intelligence Artificielle » et « I Robot » où l’on évoque le soulèvement des machines, Justine Niogret parvient néanmoins à tirer son épingle du jeu en tablant plutôt sur une ambiance fantasy / steampunk. Les descriptions des lieux m’ont souvent rappelé des univers de jeux-vidéo RPG (Role Playing Game).

La cité dans laquelle vit Saxe est sur le déclin. Les arts se perdent, l’environnement se fait de plus en plus artificiel, tout se dégrade petit à petit, au gré du temps, sans que personne ne puisse y remédier. La société qui y est dépeinte nous fait l’effet d’un coucher de soleil ; les couleurs chaudes se ternissent à l’arrivée de la nuit et l’espoir d’un avenir meilleur s’amenuise chaque jour un peu plus.

Saxe a eu une enfance difficile et se pose de multiples questions, à l’aube de l’âge adulte. Il ne se sent pas épanoui et a l’impression qu’il ne pourra jamais exploiter toute l’étendue de sa passion, tous les talents qui sommeillent en lui faute d’un apprentissage adapté. Il vit au jour le jour en tentant de taire tout ce qui crie en lui, d’ignorer sa solitude, son vague à l’âme. Mais un matin, le fardeau devient trop lourd à porter et il joue le tout pour le tout : il fugue pour trouver la porte de la cité dont parlent de vieilles légendes presque oubliées de tous, celle qui lui permettra de découvrir ce qu’il est advenu du reste du monde.

Il rencontre alors Dresde, une golem encore plus perdue que lui. Elle est de loin le personnage-clé de ce roman. On ne sait jamais vraiment ce qu’il en est avec elle. Certaines de ses paroles sont à double tranchant : on peut y voir le froid détachement d’un robot tout comme des souffrances que l’on tente de dissimuler derrière un masque immuable. Abandonnée par son créateur, elle a vécu seule pendant tant de décennies qu’elle en a perdu le compte. Quand Saxe se glisse dans la maison du créateur de la golem, Dresde sort de sa léthargie et cherche à comprendre. Que s’est-il passé ? Qui est-elle ? Que doit-elle faire maintenant que son maître n’est plus ? Ce dernier était-il réellement son meilleur allié ?Dresde est très difficile à cerner, elle navigue entre programmation et humanité, ça en est parfois très troublant, autant pour Saxe que pour le lecteur.

Malheureusement, au cours de leurs pérégrinations, Saxe et Dresde vont rencontrer un ennemi : un golem détraqué se faisant appeler Pue-la-Viande, capable d’interagir avec les autres machines, même éteintes depuis longtemps. La course-poursuite ne se fait pourtant pas dans l’action, du moins pas avant le final. Tout est dans la réflexion, les questions existentielles, les paradoxes qui étreignent Dresde. Saxe et Pue-la-Viande sont tels des miroirs réfléchissant les deux natures qui se battent en Dresde. Elle part à la recherche de qui / ce qu’elle est, et on suit en parallèle son cheminement aux côtés du jeune Saxe à travers les étages de la cité, chacun plus abandonné, oublié, rongé par la rouille, la poussière et les moisissures que le précédent.

L’auteure reste assez mystérieuse sur ces couches de civilisation oubliées, tout comme sur l’origine de cette étrange cité. Toutes les questions ne trouvent pas clairement de réponses. Justine Niogret laisse au lecteur matière à réflexion, et c’est assez troublée que j’ai refermé ce livre. Les amateurs d’action et de frissons n’y trouveront peut-être pas leur compte, mais l’ambiance atypique vaut le détour et donne à cet univers un intérêt incontestable dès qu’on apprend à en savourer l’originalité.

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2 réflexions sur “Coeurs de Rouille — Justine Niogret

    • Thalyssa dit :

      Ah les PAL indomptables… même combat ici ! 😛
      J’espère avoir la chance de voir passer ton avis quand tu te lanceras. Le roman ne s’est pas beaucoup promené sur la blogosphère, mais son ambiance particulière vaut le détour et je serais curieuse de voir comment tu le ressens.

      J'aime

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