Les Faucheurs sont les Anges — Alden Bell

⌧ FICHE TECHNIQUE ⌧

Titre français : Les Faucheurs sont les Anges
Titre original : The Reapers are the Angels
Auteur : Alden BELL
Date de Parution : 06 Septembre 2013
Éditeur : GallimardFolio SF
Nombre de Pages : 306
Prix : 7,70 €

⌧ SYNOPSIS ⌧

Temple a quinze ans. Elle ne peut se souvenir du monde tel qu’il était avant, il y a vingt-cinq ans… Avant que les morts ne reviennent à la vie, avant de se retrouver seule ou presque, sans personne d’autre qu’elle-même pour assurer sa survie. Heureusement, elle semble faite pour ça, et son périple sur les routes des États-Unis lui permet de se nourrir chaque jour de la beauté du monde. Pourquoi, dès lors, éprouver le moindre ressentiment pour les autres : les limaces, les sacs à viande… les zombies.

⌧ CHRONIQUE ⌧

Le style de l’auteur est assez particulier puisque la narration se fait au présent et que le sujet principal reste « elle », comme si Alden Bell cherchait à se détacher de son héroïne, Temple, qui elle-même s’efforce de jouer les dures à cuire, sans liens ni attaches. Chose encore plus étrange : les dialogues ne sont ouverts ni par des guillemets, ni par des tirets cadratins. Au premier coup d’œil, on dirait presque que le roman en est dépourvu, et cela m’a déstabilisée pendant quelques chapitres. Mais aussi particulière que soit la plume d’Alden Bell, elle est parvenue à me séduire.

Il plante un univers ambivalent, où l’horreur des morts-vivants et la beauté d’une nature reprenant ses droits se côtoient avec une aisance pour le moins surprenante. Il nous conte de petits miracles dans un monde où l’argent n’a plus la moindre valeur, mais le genre de miracles qu’il faut savoir contempler et apprécier. C’est un peu le rêve américain à l’envers : au lieu d’offrir la réussite sociale et pécuniaire à tous, ce monde post-apocalyptique prône un retour aux sources et le plaisir des choses simples, voire même rudimentaires. Ceux qui s’accrochent aux vestiges d’un passé révolu sont – d’après les dires de Temple – encore plus morts que les zombies.

L’héroïne est tout aussi atypique. Âgée de quinze ans à peine, elle taille sa route à coups de machette. Elle n’a pas froid aux yeux, ni la langue dans sa poche. Pourtant, on lit facilement en elle. On voit que derrière ce masque d’indifférence et ce côté sauvageon, se cache une jeune fille vulnérable, un peu perdue et tourmentée. Il n’y a qu’à voir sa rencontre avec Maury. Dès le départ, elle l’appelle « l’idiot », encore et encore, comme pour garder ses distances avec lui, émotionnellement parlant. Elle jure qu’il est un poids pour elle, qu’il la gêne et l’embarrasse, mais elle revient vite vers lui. Elle est incapable de l’abandonner à son triste sort.

Mais cette façon d’insister sur le mot « idiot » révèle d’autres choses à mes yeux. On peut y voir le reflet d’une adolescente n’ayant jamais été à l’école. Sans éducation, elle n’a pas pu apprendre à lire et donc encore moins à respecter les conventions sociales. Le mot en lui-même est dur et sans concession, mais dans sa bouche, on sent dès le départ qu’il en est autrement. Il lui sert à dresser un mur entre elle et lui. Mais d’un autre côté, il l’en rapproche car elle ne connaîtra son identité que bien plus tard et il lui fallait bien un moyen de l’interpeler en attendant.

Temple est effrontée, casse-cou, rentre-dedans. Elle ne semble pas craindre grand-chose, en dehors de ce petit garçon, Malcolm, dont elle rechigne à parler. Dans cette Amérique en perdition, elle se fait son petit road-trip et parle un jargon bien marqué. Elle erre de-ci de-là et aimerait pouvoir se poser dans un des campements fortifiés de survivants… mais elle n’y parvient pas. Le semblant de vie tranquille que ces derniers pourraient lui offrir ne lui convient pas, alors elle reprend la route et s’invente un nouvel objectif. Malgré son jeune âge et son sexe, elle n’a rien à envier aux grands chasseurs.

On apprend à travers son périple que les plus grands dangers viennent des vivants. Ne pas faire confiance. Ne pas s’arrêter. Ne pas lier d’amitiés. Mais continuer à rêver. Temple semble jouer le rôle de précurseur des générations à venir, qui s’adapteront bien mieux à la nouvelle face du monde. N’ayant rien connu d’autre que les limaces/zombies/sacs à viande, il leur sera plus facile de composer avec eux et de trouver un certain équilibre de vie.

Pleine de ressources, Temple devra néanmoins faire face à un colosse qui la poursuit sans relâche et rêve de la tuer pour venger la mort de son frère. Elle partira à la rencontre de différentes communautés de survivants, certaines bien attentionnées et solidaires, d’autres terriblement malsaines. Elle voyage à travers ces microcosmes et nous les décrit avec son regard d’enfant,  candide et lucide à la fois. Le regard d’une enfant qui a malheureusement grandi bien trop vite. Elle nous montre les différents visages de l’espèce humaine et nous brise le cœur dans un final mélancolique et assez inattendu.

Publicités

2 réflexions sur “Les Faucheurs sont les Anges — Alden Bell

    • Thalyssa dit :

      Le genre d’écrits pour lesquels « ça passe ou ça casse ». Ses particularités ont su me séduire, Temple aussi… il restera donc sur mes étagères pendant de longues années ^_^

      J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s