Une Part de Ciel — Claudie Gallay

⌧ FICHE TECHNIQUE ⌧

Titre : Une Part de Ciel
Auteur : Claudie GALLAY
Date de Parution : 17 Août 2013
Éditeur : Actes Sud
Nombre de Pages : 446
Prix : 22 €

⌧ SYNOPSIS ⌧

Aux premiers jours de décembre, Carole regagne sa vallée natale, dans le massif de la Vanoise, où son père, Curtil, lui a donné rendez-vous. Elle retrouve son frère et sa sœur, restés depuis toujours dans le village de leur enfance. Garde forestier, Philippe rêve de baliser un sentier de randonnée suivant le chemin emprunté par Hannibal à travers les Alpes. Gaby, la plus jeune, vit dans un bungalow où elle attend son homme, en taule pour quelques mois, et élève une fille qui n’est pas la sienne. Dans le Val-des-Seuls, il y a aussi le vieux Sam, pourvoyeur de souvenirs, le beau Jean, la Baronne et ses chiens, le bar à Francky avec sa jolie serveuse…

Dans le gîte qu’elle loue, à côté de la scierie, Carole se consacre à une traduction sur la vie de Christo, l’artiste qui voile les choses pour mieux les révéler. Les jours passent, qui pourraient lui permettre de renouer avec Philippe et Gaby un lien qui n’a rien d’évident : Gaby et Philippe se comprennent, se ressemblent ; Carole est celle qui est partie, celle qui se pose trop de questions. Entre eux, comme une ombre, cet incendie qui a naguère détruit leur maison d’enfance et définitivement abîmé les poumons de Gaby. Décembre s’écoule, le froid s’installe, la neige arrive… Curtil sera-t-il là pour Noël ?

Avec une attention aussi intense que bienveillante, Claudie Gallay déchiffre les non-dits du lien familial et éclaire la part d’absolu que chacun porte en soi. Pénétrant comme une brume, doux comme un soleil d’hiver et imprévisible comme un lac gelé, Une part de ciel est un roman d’atmosphère à la tendresse fraternelle qui bâtit tranquillement, sur des mémoires apaisées, de possibles futurs.

⌧ CHRONIQUE ⌧

J’ai bien trouvé le genre d’ambiance que j’attendais de ce titre de la rentrée littéraire : calme, indolente et nostalgique, le tout saupoudré d’une neige renforçant encore un peu plus la magie et la mélancolie de certains passages.

C’est l’histoire d’une famille à l’histoire difficile et d’un vieux drame qu’aucun n’arrive à pleinement oublier malgré le temps qui passe. Carole a grandi entre son frère aîné Philippe et sa sœur cadette Gaby. Malgré les différences qui les opposent comme tout un chacun, ils entretiennent des relations que l’on peut qualifier de normales, à défaut d’être toujours satisfaisantes. Leur père brillait plus que de raison par son absence et leur mère s’y était depuis longtemps résignée. Elle s’est petit à petit perdue dans cette solitude que même Carole ne pouvait plus briser en lui rendant visite à l’hôpital.

Aujourd’hui, les trois frère et sœurs sont adultes et « orphelins ». Philippe est marié à une infirmière travaillant assez loin de leur domicile et ils ont eu ensemble un fils désormais majeur. Gaby élève une adolescente qui n’est pas sa fille biologique, tout en attendant la sortie de prison de son époux. Quant à Carole, elle vient de se séparer de son amour de toujours : leur relation s’est envolée aussi loin que ses filles parties à l’aventure de l’autre côté du globe. Philippe vit encore au Val-des-Seuls mais se pose certaines questions sur son avenir, Gaby refuse de reconsidérer quoi que ce soit malgré la précarité / l’insalubrité de sa situation, et Carole en est partie dès qu’elle a pu, n’y revenant que pour les fêtes, sur demande de leur père Curtil. Elle avait prévu de ne rester que peu de temps dans ce village au cœur des Alpes, mais une fois de plus, Curtil se fait désirer. Elle se sent obligée de l’attendre et par conséquent, de modifier ses plans pour les fêtes de fin d’année.

La narration se resserre d’ailleurs autour d’elle. Nous découvrons ses vulnérabilités, entendons ses remises en question, ressentons un pincement au cœur chaque fois qu’elle peine à communiquer avec les gens qu’elle apprécie. Des décennies ont passé mais elle est toujours hantée par cet incendie qui leur a fait perdre leur maison quand elle était encore toute petite. Un incendie où leur mère a dû choisir entre ses deux filles et dont Gaby est ressortie avec des séquelles pulmonaires définitives. Carole est rongée par la culpabilité et le doute, elle essaie de comprendre ce qui s’est passé, comment leur mère est parvenue à faire ce terrible choix. Les pensées, les théories, s’entrechoquent dans sa tête ; Philippe et Gaby s’en moquent même volontiers, chacun à leur manière.

Tout tient en équilibre fragile dans ce petit coin perdu de France, à la frontière de l’Italie. Le village est divisé sur le tracé d’une piste de ski : certains veulent apporter progrès et emplois, d’autres craignent de dénaturer le site, et par là-même leur quotidien. Carole se rapproche puis s’éloigne à nouveau de son entourage, et vice-versa… tout comme elle apprend laborieusement à cohabiter avec la fouine de son gîte. C’est un roman bâti d’un bout à l’autre sur les non-dits, sur ces choses qui nous habitent au quotidien mais que l’on n’ose pourtant pas aborder, sur ces sentiments qui débordent mais qu’on s’acharne à endiguer. Claudie Gallay nous parle de la famille, d’un passé commun se déclinant en avenirs si différents, d’amours perdues et retrouvées, de gens qui changent et d’autres non…

L’intrigue est très lente et basée sur une sorte de journal tenu par Carole. Elle nous relate ses journées, souvent de façon bien trop détaillée. Comme par exemple cette lubie qu’elle a de photographier la serveuse du bar d’en face, une lubie qui révèle certaines choses sur la personnalité de Carole mais que j’ai trouvée trop développée. La couleur et les motifs des draps secoués tous les matins par la serveuse n’ont aucune incidence sur la trame, tout comme certains coups de fil que Carole évoque pour mieux oublier la ligne d’après. Bien qu’elle ne comporte pas de réels rebondissements, l’histoire tenait la route, mais j’avoue que le côté « vie de Carole pas à pas, minute après minute » a eu tôt fait de me lasser. Mon intérêt s’est à plusieurs reprises perdu dans les sommets enneigés de cette histoire, et je ne peux m’empêcher de trouver ça dommage… Car malgré des personnages parfois rustres, très « classe ouvrière / France profonde », Claudie Gallay a su les rendre attachants et nous livre un final à la hauteur de l’ambiance qu’elle a voulu instaurer.

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