Le garde, le poète et le prisonnier — Lee Jung-Myung

⌧ FICHE TECHNIQUE ⌧

● Titre français : Le Garde, le Poète et le Prisonnier
● Titre original : Haneulgwa balamgwa siingwa na
Auteur : Lee JUNG-MYUNG
Date de Parution : 17 Avril 2014
Éditeur : Michel Lafon
Nombre de Pages : 359
Prix : 19,95 €

⌧ SYNOPSIS ⌧

Pénitencier de Fukuoka, Japon, 1944. Dans ce sombre lieu dont peu sortent vivants, le gardien Sugiyama, réputé pour sa cruauté bestiale, vient d’être assassiné. Le jeune conscrit Watanabe est chargé de l’enquête ; mais à peine l’a-t-il commencée qu’un détenu coréen, communiste et résistant, s’accuse du crime. Pourtant, Watanabe ne croit pas à sa version des faits et décide de poursuivre ses investigations malgré les ordres. En reconstituant les derniers mois du gardien, il met au jour l’étrange relation qui s’est nouée entre la brute Sugiyama et Yun Dong-ju, un jeune poète coréen condamné pour « écrits séditieux ». Alors que la guerre fait rage et que les bombes pleuvent sur Fukuoka, Watanabe mettra tout en œuvre pour protéger Yun Dong-ju, dont les vers sont si purs qu’ils brisent le plus dur des cœurs. Mais il devra affronter un complot qui dépasse largement l’enceinte de la prison…

Inspiré par la vie du poète Yun Dong-ju, adulé en Corée, « Le Garde, le Poète et le Prisonnier » est à la fois un huis clos fascinant et un plaidoyer passionné pour le pouvoir de rédemption de la littérature.

⌧ CHRONIQUE ⌧

J’ai déjà lu bon nombre de manhwas (bandes-dessinées coréennes) par le passé, mais il s’agissait là de mon tout premier roman. L’histoire qui nous est contée par Lee Jung-Myung est accessible à tous, mais préserve cette petite touche de nostalgie, cette ambiance si spéciale que l’on retrouve dans les œuvres d’origine asiatique. J’emploie souvent le mot « poésie » pour parler de ce genre de livres, et ce n’est ici que plus vrai encore !

Watanabe n’a pas encore vingt ans, c’est un étudiant-soldat appelé à servir son pays vers la fin de la seconde guerre mondiale. Il est affecté au pavillon 3 de la prison de Fukuoka depuis quelques jours à peine lorsque son collègue et supérieur Sugiyama est violemment assassiné au sein du pénitencier. Un pavillon qui abrite des criminels endurcis et des agitateurs coréens rêvant encore de voir leur pays natal retrouver son indépendance.

Avide d’étouffer l’affaire, le directeur Hasegawa charge Watanabe de démasquer au plus vite le coupable de cette exaction. Entre des prisonniers récalcitrants et la réputation tenace du défunt surnommé « le Boucher », le jeune homme pressent que l’enquête sera difficile à conclure… Pourtant, en endossant également le rôle de censeur de Sugiyama, Watanabe va vite toucher du doigt les alliances secrètes et les inimitiés décriées qui se nouent et se dénouent parmi les criminels du pavillon dont il a la responsabilité, mais sera surpris de voir combien peu de gens connaissaient le véritable Sugiyama.

Cet ancien héros de guerre était connu pour ses accès de rage et sa violence envers les détenus, pour sa froideur et son impassibilité auprès de ses collègues. C’était un homme inflexible, mais à travers différents interrogatoires, Watanabe va mettre à jour son étrange relation avec un poète coréen, emprisonné pour avoir rédigé des poèmes dans sa langue natale. Une relation tissée avec sensibilité et intelligence par le prisonnier 645 – Yun Dong-ju – qui se servira des mots et d’un jeu de piste littéraire pour éveiller la conscience de son tortionnaire. Yun a tout perdu : sa patrie, sa famille, son travail, ses écrits, sa liberté, mais garde pourtant en lui cette candeur et cette joie de vivre qui ne tardent pas à ébranler tout son entourage du pavillon 3. Avec un profond humanisme et un optimisme brillant, il parviendra à ébranler les certitudes de plus d’un homme endurci.

Ce poète hors norme, décrit par ses codétenus comme trop doux pour survivre en prison, parvient néanmoins à se faire respecter et à trouver sa place à Fukuoka, si tant est que l’on puisse utiliser ce genre d’expressions vu les circonstances… Avec son don d’écriture et son amour des lettres, il va trouver comment faire briller un rayon de soleil dans le cœur de chaque condamné et combattre les préjugés de certains gardiens, comme Sugiyama et Watanabe.

Si le premier venait à peine d’apprendre à lire et pouvait être assimilé à une feuille vierge, le second était étudiant en lettres et possède une sensibilité et des références littéraires comparables à ceux de Yun Dong-ju. Et plus leur relation ira en s’approfondissant, plus Watanabe découvrira que les choses étaient encore plus complexes qu’il ne se l’était figuré.

« Le garde, le poète et le prisonnier » nous présente une version romancée de l’emprisonnement de Yun Dong-ju, un écrivain figurant encore de nos jours parmi les grands classiques en Corée. Le texte est ponctué de poèmes – les siens comme ceux de ses maîtres de pensée – qui sont inclus à la perfection dans la trame. Ils apportent une touche de magie et de lyrisme dans l’univers doublement sordide d’une prison en période de guerre. Lee Jung-Myung pousse autant ses personnages que ses lecteurs à se poser les bonnes questions : qu’est-ce qui est juste, qu’est-ce qui est lâche ? Quelles concessions peut-on faire dans l’optique de survivre à un monde devenu fou ? À partir de quel moment faut-il savoir choisir entre patriotisme et trahison ? Que faut-il risquer ; que doit-on préserver envers et contre tout ?

L’auteur pousse le paradoxe de l’être humain à son comble, dans ce qu’il est de plus terrible et dans ce qu’il sait faire de plus beau. Cette lecture m’a subjuguée, envoûtée, et j’avoue ne pas vouloir en rester là ! Je compte bien me renseigner plus en avant sur le travail de Yun Dong-ju et me plonger dans les recueils de poésie dont il nous donne des extraits. C’est avec mélancolie que je quitte cette histoire et ses personnages les plus attachants, et je peux dire que le charme avait opéré bien avant que le symbolisme de la couverture ne soit pleinement révélé. Je pense que je ne verrai plus jamais les cerfs-volants de la même façon après tout ça !

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