Contrecoups — Nathan Filer

⌧ FICHE TECHNIQUE ⌧

Titre français : Contrecoups
Titre original : The Shock of the Fall
Auteur : Nathan FILER
Date de Parution : 28 Août 2014
Éditeur : Michel Lafon
Nombre de Pages : 350
Prix : 19,95 €

⌧ SYNOPSIS ⌧

« Je vais vous raconter ce qui s’était passé, parce que ce sera l’occasion de vous présenter mon frère. Il s’appelle Simon. Je pense que vous allez l’aimer. Vraiment. Mais d’ici quelques pages il sera mort. Et, après ça, il n’a plus jamais été le même. »

Matthew a 19 ans, et c’est un jeune homme hanté. Par la mort de son grand frère, dix ans auparavant. Par la culpabilité. Par la voix de Simon qu’il entend partout, tout le temps…
Matthew a 19 ans et il souffre de schizophrénie, une maladie qui « ressemble à un serpent ». Pour comprendre son passé et s’en libérer, Matthew dessine, écrit. Il raconte l’enfance étouffée par la perte, la douleur silencieuse de ses parents ; l’adolescence ingrate brouillée par les nuages de marijuana ; la lente descente dans la folie, l’internement… Mais aussi, avec un humour mordant, le quotidien parfois absurde et toujours répétitif de l’hôpital psychiatrique, les soignants débordés, l’ennui abyssal… Et le combat sans cesse renouvelé pour apprivoiser la maladie, et trouver enfin sa place dans le monde.

⌧ CHRONIQUE ⌧

Nathan Filer a été infirmier psy pendant dix ans. D’une plume au style oral mais authentique, il nous livre ici une vision intimiste de la maladie. Les médias ont toujours vite fait d’assimiler les schizophrènes à des psychopathes, car les stigmatisations font malheureusement vendre. Les préjugés et les idées reçues ont la vie dure et je ne peux que féliciter l’auteur de les faire sauter les uns après les autres dans ce récit.

Matthew a un grand frère « spécial » et vit très bien avec. Ils s’entendent comme larrons en foire et le couple formé par leurs parents vient idéalement compléter le tableau, envers et contre tout. Dès le début, Nathan Filer nous offre une ode à la tolérance et à l’acceptation. La vie est à l’honneur au cœur de ces pages, même quand elle s’enfuit. Suite à un concours de circonstances, le petit Simon décède brutalement. La vie de Matthew bascule alors ; scolarisé à domicile, il étouffe de plus en plus face au comportement angoissé de sa mère.

Puis arrive ce fameux serpent, le nom que Matthew donne aujourd’hui à sa maladie. Par petites touches insidieuses, il se fraie un chemin dans la psyché du jeune garçon. Nathan Filer met en avant les différents facteurs de la maladie : hérédité, alcool, drogues,… Matthew perd progressivement pied et son sens de la réalité finit par éclater avec ses premières hallucinations.

Malgré l’inquiétude évidente de ses proches (et du lecteur), le roman reste très agréable à parcourir. Le ton trouvé par l’auteur est on ne peut plus adéquat : il use de répétitions, de passages du coq-à-l’âne et de réflexions tournant à l’obsession pour permettre aux néophytes de correctement appréhender les mécanismes de la maladie. Ce petit côté brouillon ne nuit en rien à la pertinence de l’ouvrage et met en abyme la confusion dans laquelle Matthew patauge chaque jour davantage. Comme ce dernier l’avoue lui-même, sa vie est faite de copiés-collés, en particulier lors de ses hospitalisations. Toujours le même emploi du temps, fait de vide et d’ennui, de repli sur soi et de rêves de liberté, d’exaspération et de fausses échappatoires. On comprend bien le rapport amour-haine qu’il entretient avec son traitement qui l’empâte et lui permet à la fois d’échapper à sa souffrance. Sa détresse est aggravée par le sentiment de culpabilité qu’il nourrit depuis la mort de Simon sans en avoir jamais rien dit à personne. Il est sincèrement appréciable de voir que certains soignants sont à même de percevoir les travers du milieu psy ; à savoir que le système a tendance à infantiliser les patients et à tout décider à leur place.

Il est difficile de résumer ce roman. Dans cette première œuvre, Nathan Filer réussit le coup de maître d’allier la fiction à des éléments issus de son expérience professionnelle, avec une subtilité aussi profondément ancrée que le respect qu’il témoigne envers tous.

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