En ce lieu enchanté — Rene Denfeld

⌧ FICHE TECHNIQUE ⌧

● Titre français : En ce lieu enchanté
Titre original : The Enchanted
Auteur : Rene DENFELD
Date de Parution : 21 Août 2014
Éditeur : Fleuve Éditions
Nombre de Pages : 207
Prix : 18,50 €

⌧ SYNOPSIS ⌧

« La dame n’a pas encore perdu le son de la liberté. Quand elle rit, on entend le vent dans les arbres et l’eau qui éclabousse le trottoir. On se souvient de la douce caresse de la pluie sur le visage et du rire qui éclate en plein air, de toutes ces choses que dans ce donjon, nous ne pouvons jamais ressentir. »

Dans le couloir de la mort, enfoui dans les entrailles de la prison, le temps s’écoule lentement. Coupés du monde, privés de lumière, de chaleur, de contact humain, les condamnés attendent leur heure. Le narrateur y croupit depuis longtemps. Il ne parle pas, n’a jamais parlé, mais il observe ce monde « enchanté » et toutes les âmes qui le peuplent : le prêtre déchu qui porte sa croix en s’occupant des prisonniers, le garçon aux cheveux blancs, seul, une proie facile. Et surtout la dame, qui arrive comme un rayon de soleil, investie d’une mission : sauver l’un d’entre eux. Fouiller les dossiers, retrouver un détail négligé, renverser un jugement. À travers elle naissent une bribe d’espoir, un souffle d’humanité. Mais celui à qui elle pourrait redonner la vie n’en veut pas. Il a choisi de mourir.
La rédemption, le pardon peuvent-ils exister dans ce lieu où règnent violence et haine ? L’amour, la beauté éclore au milieu des débris ?

5+++⌧ CHRONIQUE ⌧

Rene Denfeld est journaliste et enquêtrice spécialisée dans les peines de mort. Même s’il s’agit ici de son tout premier roman, nous étions en droit d’espérer qu’elle maîtrise le sujet et j’avoue qu’elle m’a tellement impressionnée que je dois réfléchir pour trouver les mots justes.

L’auteur nous dépeint un portrait sans concession de l’univers carcéral : les violences, les menaces, les insultes, les agressions, l’ennui, les gardiens trempant dans des magouilles pour arrondir les fins de mois, et justement le manque de moyens de l’établissement. Mais les employés corrompus ne sont pas les seuls personnages notables de cette histoire. Ainsi, le directeur part à la dérive dans sa privée mais prend ses responsabilités très au sérieux au travail, le prêtre qui accompagne les détenus dans leurs pires angoisses a fui son Église et ne peut envisager d’y retourner, et l’enquêtrice en charge de sortir quelques hommes du couloir de la mort a elle-même été bien amochée par la vie.

À travers son regard, on découvre l’envers du décor et ce qui a fait de certains hommes comme York et Arden des monstres. Malgré leurs actes innommables, on ne peut s’empêcher de se demander ce que nous serions devenus si nous avions connu le même parcours. À la manière du yin et du yang qui ne peuvent exister l’un sans l’autre, ces condamnés ont perdu leur humanité sans pour autant être insensibles à ce qu’ils ont traversé et traversent encore. Là où je tire ma révérence à Rene Denfeld, c’est qu’elle parvient à mettre cette dichotomie en avant sans pour autant minimiser la gravité de leurs actes. Un parallèle est d’ailleurs très vite tiré entre York et la dame, et l’on peut voir à quel point l’avenir d’une personne dépend de son enfance, de son éducation, mais aussi de ses propres choix.

On découvre l’engrenage infernal de cette prison qui broie ses habitants un par un, au lieu de les aider à réfléchir, à faire le point sur eux-mêmes. Les peines à purger sont de durées très variables d’un prisonnier à l’autre, mais on mélange ici les assassins aux voleurs de voitures, les brutes épaisses à des jeunes vulnérables. Les conditions de vie dans ces murs sont extrêmes à tous les niveaux et on se rend bien compte que le système a plus que jamais besoin d’être revu.

Le narrateur est lui aussi dans le couloir de la mort et tous le croient muet et fou. Il nous raconte son quotidien à travers une vision omnisciente. Il est partout, tant du côté des gardiens que de celui des prisonniers, de celui des hommes d’honneur comme de celui des hommes rongés par la cupidité. Mais il vit surtout dans son propre monde, un monde magique peuplé de chevaux d’or quand la terre tremble, et d’étranges petites créatures qui hantent les murs et les sous-sols de l’établissement. Malgré ses crimes, il porte sur son entourage un regard d’enfant, candide et naïf, et l’imaginaire dans lequel il se réfugie le rend terriblement touchant.

Rene Denfeld nous présente un univers très sombre, où règnent la violence et le désespoir, d’une plume qui m’a autant prise au dépourvu que charmée, de par sa poésie. La mort rôde à chaque page, et pourtant « En ce lieu enchanté » est avant tout une formidable ode à la vie.

Une histoire empreinte d’un étrange mélange de violence et de poésie

Publicités

4 réflexions sur “En ce lieu enchanté — Rene Denfeld

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s