Un dimanche soir en Alaska, de Don Rearden

un dimanche soir en alaska⌧ FICHE TECHNIQUE ⌧

● Titre français : Un dimanche soir en Alaska
● Titre original : Moving Salmon Bay
Auteur : Don REARDEN
Date de Parution : 10 Septembre 2015
Éditeur : Fleuve Éditions
Nombre de Pages : 415
Prix : 19,90 €

⌧ SYNOPSIS ⌧

Quelques baraques bancales posées sur un monde en sursis. Aux confins de l’Amérique et des glaces, le petit village indigène de Salmon Bay vit ses derniers instants.
Bientôt, le littoral cédera, la baie l’engloutira.
En attendant la barge chargée de les mener au nouveau site, les habitants disent adieu à la terre – cette terre où plane l’esprit des ancêtres, cette boue où les petites filles dessinent des histoires… Adieu à la toundra pelée, à la station de radio locale où Jo-Jo, le DJ, passe sans fin des vieux disques, aux chemins de planches et aux mélopées yupik… Tyler, le premier esquimau de la planète allergique au froid, Dennis dit « l’Embrouille », Angelic, Panika, Josh, Junior et les autres – tous sentent pourtant que Salmon Bay n’a pas dit son dernier mot.
Avant la grande traversée, pour le meilleur peut-être, le village leur réserve un cataclysmique chant du départ….

⌧ CHRONIQUE ⌧

Intrigue ∎∎∎∎ Rythme ∎∎∎∎ Créativité ∎∎∎∎∎
Écriture ∎∎∎∎ Personnages ∎∎∎∎∎ Sentiments ∎∎∎∎

Une superbe fable des temps modernes, sur ceux qui pourraient bien devenir nos premiers réfugiés climatiques

Je suis passionnée par l’Alaska et le Yukon depuis l’école élémentaire, époque à laquelle j’ai commencé à lire et relire des œuvres telles que Croc Blanc et L’Appel de la Forêt de Jack London. J’aime les grands espaces, voir des animaux dans leur milieu naturel, m’informer sur les mythologies amérindiennes, je rêve de contempler un jour une aurore boréale et le froid ne me fait pas peur… Je ne vais pas vous raconter ma vie, mais vous comprendrez aisément pourquoi ce roman a attiré mon attention par son simple titre. Ajoutez à cela le visuel de la couverture tout simplement splendide et le craquage était assuré !

Don Rearden nous présente le village de Salmon Bay, composé de cahutes branlantes et d’un peu moins de deux cents habitants. La population est majoritairement yupik et comme souvent, le manque d’argent et l’alcoolisme rongent les bases de cette communauté. Pourtant, il y règne une ambiance unique, où tout le monde connaît tout le monde et où on se serre les coudes face aux rigueurs du climat et à l’isolement géographique. Mais l’heure est grave… Le réchauffement climatique a accéléré l’érosion des côtes ; l’église et plusieurs habitations ont ainsi été englouties par les eaux de la baie. En collaboration avec le gouvernement américain, Tiffany – la mairesse du village – a annoncé que le village tout entier serait déménagé sur une île voisine, plus apte à subvenir à leurs besoins et à assurer leur sécurité. Le déchirement est total pour les gens du coin. Plus qu’une ville, c’est l’Histoire de leur peuple et de leurs familles respectives qu’ils doivent laisser derrière eux. Malgré le manque d’aménagements et les nombreux inconvénients que comporte la vie dans ces contrées sauvage, l’attachement qu’ils portent à leur terre est plus qu’évident, même pour une civilisation comme la nôtre où l’on n’hésite pas à déménager plusieurs fois dans une vie et à écumer le pays tout entier ce faisant.

Le panel de personnages est assez varié ; chacun d’entre eux possède un petit quelque chose qui le rend terriblement intéressant. Nous retrouvons (entre autres) Jo-Jo l’animateur radio et DJ du village, Junior le gamin se prenant pour un oiseau, Panika la fillette qui adore raconter des histoires, son grand-frère Dennis connu pour ses méfaits et qui a bien du mal à se défaire de cette étiquette. Mais il a l’air d’un ange comparé à Ray, le dealer local. Il y a aussi Tyler tristement célèbre pour son allergie au froid, Josh le beau gosse sportif amoureux d’Angelic, et Valérie, la cousine de cette dernière qui semble garder pour elle un secret qui l’étouffe lentement mais sûrement. L’auteur inclut également parents et grands-parents dans l’intrigue pour mieux nous montrer le choc des générations mais aussi pour souligner la perte progressive des valeurs ancestrales, mais les personnages vont devoir apprendre rapidement à compenser ce clivage car les militaires sont arrivés pour aider à l’évacuation du village et le temps est désormais compté avant l’arrivée de la barge qui les emmènera tous au loin.

Les débuts du roman peuvent paraître légèrement brouillons. On assiste à la folle échappée à vélo de Jo-Jo vers la station radio, Jo-Jo victime d’un malencontreux incident qui le précipitera tête la première dans le lac (l’emploi de l’italique n’est pas anodin et vaut son pesant d’or !). Après cela, l’auteur va et vient dans le temps pour nous présenter les autres protagonistes et bien qu’il prenne toujours soin à resituer l’action par rapport à l’accident de vélo, la gymnastique pourrait fatiguer certains lecteurs. Toute la première moitié relève du roman d’ambiance. On fait connaissance avec tout un chacun pour mieux comprendre ce qu’un tel changement signifie pour eux, par-delà même les enjeux économiques et logistiques. On s’immerge progressivement dans la vie locale et on respire à pleins poumons l’air frais de la toundra et du saumon fumé. Le dépaysement est total et m’a donné envie de me couper de tout pour renouer encore davantage avec la nature. Au cœur du roman, l’auteur reprend la trame liée à Jo-Jo et les événements vont commencer à se bousculer. Le danger guette à chaque coin de rue et plusieurs personnages en feront les frais.

D’une plume dynamique et poétique, Don Rearden nous offre un grand bol d’air pur dans cette partie de l’Alaska oubliée des guides touristiques, ainsi qu’un travail de fond sur les piliers de la vie en communauté. Dans cette formidable aventure humaine, il oppose avec dextérité vie moderne et coutumes ancestrales. Il noue et dénoue plusieurs trames qu’il recroisera entre elles pour former une authentique danse tribale. Face aux adieux imminents, ses personnages vont faire le point sur leur quotidien et sur eux-mêmes en même temps qu’ils trient leurs effets personnels. Ils seront ainsi nombreux à tout remettre en question…

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