[Extrait] Les Revenants

les revenants— Un jour, mon grand-père m’a expliqué quelque chose, à propos de la douleur, avança Éric. D’après lui, les gens s’accrochent à elle. Parfois, ils vont jusqu’à l’entretenir, comme les huîtres peuvent entretenir un grain de sable pour en faire une perle. Ils acceptent la douleur et, avec un peu de chance, parviennent à en faire quelque chose de positif. De merveilleux. (Il but une gorgée de café.) Mais, à d’autres moments, la souffrance est une épine : on essaie de l’oublier et, des années plus tard, elle remonte à la surface et laisse une plaie qui ne se refermera jamais.

Il prit une longue inspiration. Il se leva, s’approcha de la fenêtre du poste de contrôle et contempla le lac.

— Je lui ai alors demandé : « Mais que se passe-t-il si elle ne remonte jamais à la surface ? » Il m’a répondu en fronçant les sourcils : « Eh bien, elle s’enracine au point de modifier notre nature. Elle s’empare de notre bien le plus précieux. De notre âme. » Il a ajouté : « Éric, rien ne me fait plus peur qu’un être sans âme. » (Il tourna le dos au lac et fit face à Anton.) J’avais douze ans, à l’époque. Des années plus tard, j’ai appris que lorsqu’il m’avait dit ça, on venait de lui diagnostiquer un trouble mental. Il a mis très longtemps à partir. Petit à petit. Il est devenu un être sans âme.

Les Revenants, Tome 1 — Seth PATRICK — paru chez Michel Lafon en août 2015
Page : 215 sur 412

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s