Lettres à ma mère

lettres à ma mère⌧ FICHE TECHNIQUE ⌧

Titre : Lettres à ma mère
Auteur : COLLECTIF
Date de Parution : 21 Octobre 2015
Éditeur : Le Robert
Collection : Mots intimes
Nombre de Pages : 128
Prix : 9,90 €

⌧ SYNOPSIS ⌧

De Charles Baudelaire à Gérard Depardieu, en passant par Paul Éluard, Le Corbusier ou encore Marie Trintignant… Découvrez les plus belles lettres de relations maternelles et filiales de personnages célèbres et anonymes.

Didier Lett est agrégé d’Histoire et Professeur d’Histoire médiévale à l’Université Paris-Diderot (Paris VII). Il est spécialiste internationalement reconnu de l’histoire de l’enfance, de la famille, de la parenté et du genre.

« Mots Intimes » est la nouvelle collection consacrée à l’art épistolaire et à l’amour des mots, publiée avec le concours du site deslettres.fr, et qui fait son entrée dans le catalogue des éditions Le Robert.

3⌧ CHRONIQUE ⌧

De par les liens houleux et toxiques que j’ai entretenus avec ma propre mère avant de devoir couper les ponts pour me préserver, j’ai longtemps hésité avant de me lancer dans cet ouvrage. Je ne sais pas trop ce que je redoutais le plus… De voir qu’il existait des mères « normales » mais que je n’y avais pas eu droit ? Ou au contraire d’entretenir une vision pessimiste de la famille en me confrontant à d’autres drames ? Quoi qu’il en soit, j’ai tout de même fini par me laisser tenter.

Didier Lett a réuni un certain nombre de lettres, écrites d’une mère à un fils, d’un fils à une mère, parfois aussi d’une fille. L’historien n’a rien laissé au hasard : il nous explique dès le départ cette différence dans la parité, a pris soin de dénicher des correspondances s’étalant du IXème siècle jusqu’à aujourd’hui et nous présente les protagonistes avec le même soin, peu importe leur niveau d’éducation ou leur célébrité. Ces courtes biographies nous permettent de mieux nous projeter dans l’époque et dans les vies ainsi couchées sur le papier.

Les échanges évoluent sensiblement au fil du temps et pourtant, dès l’an 841, Dhuoda nous montre que l’amour d’une mère pour ses enfants était déjà au centre de tout. Elle s’inquiète du devenir de ses fils, que les mœurs de l’époque ne lui permettent pas d’élever. On y voit un attachement sans faille, un dévouement sincère et total. Les expériences s’enchaînent et on découvre des fils torturés appelant à l’aide, de maladies en chagrins d’amour. D’autres se défendent des accusations qui leur sont portées, se justifient avec plus ou moins de virulence avant de se radoucir pour mieux préserver les liens. Des filles mariées très jeunes quittent le nid familial mais viennent régulièrement demander conseil auprès de celle qui leur a servi de modèle. D’autres devront néanmoins s’affranchir de l’influence maternelle pour mieux s’épanouir dans leur vie d’adulte, mais avec toujours dans le cœur cette meurtrissure d’avoir déçu, de ne pas être appréciée telles qu’elles sont.

lettres à ma mère

Les lettres les plus touchantes viennent pour moi en dernière partie. Les deux guerres mondiales ont envoyé bien des fils sur le front ; ces derniers désespèrent d’en revenir un jour ou se sont au contraire résignés à leur triste sort. On y sent tout l’abandon, l’horreur, l’injustice…L’amour et la mort se mêlent à chaque ligne. Je pense particulièrement au dernier courrier de Guy Môquet, fusillé en 1941 à l’âge de 17 ans pour avoir servi dans la Résistance française, rapidement confronté aux lettres inquiètes d’un collaborateur en pleine déchéance. Je pense aussi à la lettre de Reyhaneh Jabbari, une jeune iranienne condamnée à mort en 2009 et pendue en 2014 pour avoir voulu se faire justice après son viol, mais qui s’est heurtée encore plus violemment à un système judiciaire ne souhaitant pas lui donner la parole. On y sent son amertume, sa colère, son incompréhension…

À une même époque, un auteur choisit le tutoiement tandis qu’un autre continue de vouvoyer sa mère. Il est intéressant de voir les points communs et les divergences d’une famille à une autre. Chaque échange comporte son lot de sentiments et de non-dits. Certains passages étaient parfois trop courts pour pouvoir pleinement apprécier les relations évoquées, cela laissait un goût de trop peu. La succession de noms d’inconnus, sans véritable contexte, peut également gêner. J’ai ressenti le besoin de reposer le livre à plusieurs reprises pour ne pas m’encombrer l’esprit de dates et de faits, et ainsi pouvoir aborder chaque échange avec les idées bien au clair.

Mais globalement, j’ai trouvé cet ouvrage enrichissant, instructif, et j’ai su en apprécier la lecture. Il convient de souligner les efforts de mise en page faits par l’éditeur (cf photo ci-dessus). Des bandeaux de couleurs encadrant le texte aux extraits englobés dans des pastilles d’un rose sombre, en passant par des portraits des différents auteurs, tout est fait pour attirer l’œil et rendre les choses plus tangibles pour le lecteur.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s