À l’intérieur, de Jodi Picoult

à l'intérieur⌧ FICHE TECHNIQUE ⌧

Titre français : À l’intérieur
Titre original : House Rules
Auteur : Jodi PICOULT
Date de Parution : 21 Janvier 2016
Éditeur : Michel Lafon
Nombre de Pages : 606
Prix : 19,95 €

⌧ SYNOPSIS ⌧

Adolescent atteint du syndrome d’Asperger, Jacob Hunt ne possède pas le mode d’emploi pour communiquer avec les autres. Enfermé dans sa bulle, il est pourtant d’une intelligence prodigieuse. Un sujet le passionne plus que tout : la criminalistique. Il parvient souvent à se rendre sur des scènes de crime, où il ne peut s’empêcher d’expliquer aux policiers comment faire leur travail. En général, il tombe juste.
Mais lorsqu’un assassinat se produit dans le quartier, l’attitude de Jacob est un signe flagrant de culpabilité pour la police. Pour la mère et le frère de Jacob, l’intolérance et l’incompréhension qui ont toujours menacé leur famille resurgissent brutalement.
Et cette question lancinante, qui ne laisse pas leur âme en paix… Jacob a-t-il, oui ou non, commis ce meurtre ?

⌧ CHRONIQUE ⌧

Intrigue ∎∎∎∎ Rythme ∎∎∎∎∎ Créativité ∎∎∎∎∎
Écriture ∎∎∎∎∎ Personnages ∎∎∎∎∎ Sentiments ∎∎∎∎∎

Jacob Hunt vient d’avoir dix-huit ans, il est en terminale au lycée du coin avec son frère cadet Théo, mais atteint du syndrome d’Asperger, Jacob monopolise toute l’attention. Leur mère Emma jongle avec un petit job d’appoint de nuit pour pouvoir boucler ses fins de mois sans que l’éducation et les traitements de son fils aîné en pâtissent. Elle refuse de le laisser s’enfermer dans sa bulle et l’encourage sans cesse à s’ouvrir au monde et aux autres malgré les difficultés qu’il éprouve à communiquer. C’est un jeune homme brillant et passionné, avec une mémoire impressionnante et une curiosité candide qui le rendent attachant. Son hobby du moment, c’est d’épier la police sur son scanner radio et de se rendre sur les scènes de crime pour tenter d’élucider l’affaire avant les enquêteurs, comme il le fait tous les jours à 16h30 devant l’émission Crime Busters constituant un véritable pivot dans son quotidien. Sa façon de tout prendre au premier degré – un symptôme Asperger reconnu – donne lieu à des situations cocasses et fait sourire.

Mais Jacob a besoin d’un emploi du temps réglé comme une horloge ; le moindre contretemps, le moindre manquement à ses habitudes peut avoir des conséquences désastreuses. Jacob perd alors le contrôle, il crie, se débat, envoie tout valser et en vient même parfois à se faire du mal. Plus il grandit, plus il est difficile pour Emma de garder l’ascendant en attendant que l’orage passe. Elle a depuis longtemps abandonné tout rêve de carrière ou d’évolution personnelle, et est contrainte par la force des choses de laisser Théo se débrouiller par lui-même. Ce dernier multiplie les conduites à risque : avide de nouer avec une vie familiale « normale », il espionne certains voisins et s’introduit chez eux en leur absence pour mieux s’imprégner de l’atmosphère calme et reposante de leurs foyers. En dehors d’une pension alimentaire, Emma ne reçoit aucune aide. Le père de ses deux fils, Henry, n’a pas su faire face et les a abandonnés quand Théo venait à peine de naître. Bref, la vie chez les Hunt est un combat de tous les instants…

Sans amis, Jacob parvient toutefois à interagir avec ses proches et continue de progresser grâce aux cours de socialisation de Jess, une jeune étudiante qui sait l’écouter, le comprendre et le pousser en avant. Mais un jour, Jess disparaît et les soupçons se portent rapidement sur Jacob qui avait rendez-vous avec elle le dernier jour où elle a été aperçue. Le reste du roman tournera alors autour de l’enquête et du procès qui s’ensuivra.

Une fois de plus, Jodi Picoult alterne les narrateurs. Elle nous relate cette histoire à travers le regard de Jacob, Emma et Théo, mais aussi à travers celui de Rich, un policier local, et Oliver, un avocat fraîchement diplômé qui peine encore à se faire une place au barreau. Son style est toujours aussi soigné et documenté. Elle nous permet ici de bien saisir tout ce qui se cache derrière l’étiquette Asperger, toutes les difficultés, les défis et les manies auxquels sont chaque jour confrontés des enfants (et des adultes) comme Jacob. Elle nous montre combien les préjugés et l’incompréhension viennent compliquer une situation déjà à la limite du supportable. Au fil de l’enquête, elle nous interroge sur les limites de la responsabilité légale de Jacob et nous démontre par A + B combien il est difficile de faire toute la lumière sur la vérité quand le principal suspect souffre d’un handicap aussi conséquent. Le système manque encore cruellement de protocoles pour gérer de telles situations.

Personnellement, j’avais compris dès le début ce qui s’était passé chez Jess ce jour-là. L’auteure avait semé quelques indices discrets mais révélateurs. Cela n’a pourtant pas entaché le plaisir de lecture et je dois bien avouer que sur la fin, j’en suis venue à fortement douter de ma théorie. C’est là tout le talent de Jodi Picoult. Elle nous emmène au cœur de drames humains plausibles et cohérents, pose systématiquement les bonnes questions, nous amène à réfléchir sur le sens de la vie, sur nos relations avec les autres. Elle fait voler en éclat les préjugés, nous fait douter de tout, elle nous malmène et nous force à creuser un terrain dont on préférerait peut-être parfois se tenir à l’écart. Ses romans sont éprouvants et complexes, d’une intelligence et d’une empathie rares, ils nous tiennent à mille lieues de tout manichéisme. À l’intérieur n’y fait pas exception et à l’instar de Pardonne-lui, je ne peux que chaudement vous le recommander.

Publicités

2 réflexions sur “À l’intérieur, de Jodi Picoult

    • Thalyssa dit :

      Et moi, j’ai hâte de ressortir un de ses autres titres (en anglais) que j’ai dans ma PAL. C’est un combo gagnant à chaque fois ❤

      Jacob est très intéressant et j'ai particulièrement aimé la façon dont Jodi Picoult a traité le syndrome d'Asperger. Elle aborde toutes les facettes, bonnes ou mauvaises, et porte un regard lucide sur son personnage. On voit Jacob à travers les yeux de sa maman, et Jacob à travers les yeux des autres.

      C'est une vision des troubles autistiques que j'avais déjà trouvée dans la série télévisée "Parenthood" avec le personnage de Max. Informer sans juger et mettre aussi en avant les bons côtés des personnes qui en sont atteintes.

      Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s