C’est le coeur qui lâche en dernier – Margaret ATWOOD

⌧ FICHE TECHNIQUE ⌧

Titre français : C’est le cœur qui lâche en dernier
Titre original : The heart goes last
Auteur : Margaret ATWOOD
Parution : 16 Août 2018
Éditeur : Robert Laffont – 10/18
Pagination : 480
Prix : 8,80 €

⌧ SYNOPSIS ⌧

Stan et Charmaine ont été touchés de plein fouet par la crise économique qui consume les États-Unis. Réduits à vivre dans leur voiture, ils sont au bord du désespoir. Charmaine trouve alors la solution à tous leurs problèmes dans une étonnante publicité pour la ville de Consilience. Promesse d’une vie de rêve, Consilience leur assure un toit, à manger et du travail… un mois sur deux. L’autre mois, les habitants le passent en prison, nourris et blanchis, pendant que d’autres s’installent chez eux. Une règle absolue régit cette étrange utopie : ne jamais entrer en contact avec les « alternants ». Mais Stan tombe bientôt sur un mot qui va le rendre fou de désir pour celle qui se glisse entre ses draps quand lui n’y est pas : « Je suis affamée de toi. »

⌧ CHRONIQUE ⌧

Je fais partie des nombreuses personnes à avoir découvert les œuvres de Margaret Atwood à travers l’adaptation télévisée de « La Servante Écarlate ». J’étais curieuse de découvrir si son message était aussi percutant sur un autre sujet. Et surtout de découvrir sa plume.

Dans « C’est le coeur qui lâche en dernier », nous partons à la rencontre de Charmaine et Stan, un couple (sur)vivant dans sa voiture dans des États-Unis ravagés par une crise économique ayant donné naissance à la Rust Belt. Le taux de chômage a atteint des hauteurs sans précédent, les gens perdent leurs maisons, tout se dégrade, la criminalité explose, chacun survit comme il peut dans un contexte sans espoir. Charmaine a réussi à dégoter un emploi de serveuse aux côtés de jeunes femmes complétant leur maigre paye en se prostituant, mais cela n’a pas suffi à les préserver de la déchéance. Manquant de tout, c’est leur relation qui en prend aussi un coup. Les tensions s’accentuent, les disputes éclatent de plus en plus souvent. Aussi, quand ils entendent parler de Consilience, ils y voient une chance de prendre un nouveau départ.

Consilience est un tout nouveau projet faisant appel à des volontaires. Un quartier banlieusard dans le style des années 60 habilité autour d’un centre pénitentiaire. Le deal paraît étrange : Consilience subvient à tous vos besoins, vous loge, vous nourrit, vous blanchit, vous laisse choisir un métier afin de vous rendre utiles à la communauté. Vous habitez un mois dans une jolie petite maison, un mois en prison, et ainsi de suite. En décalage avec un autre couple, les « alternants ». L’engagement n’est pas anodin car aucun retour en arrière n’est possible à partir du moment où vous franchissez l’enceinte de la structure. Et un détail qui met d’emblée la puce à l’oreille : les médias semblent être bannis du système. Mais Charmaine et Stan sont tellement désespérés que comme beaucoup d’autres, ils décident de tenter leur chance. Et bien sûr, quand les choses paraissent trop belles, trop faciles, c’est qu’il y a anguille sous roche.

Cela commence avec Stan, qui fantasme sur Jasmine, leur alternante. Il ne l’a jamais vue mais les mots qu’elle laisse à son compagnon le rendent fou de désir et il rêve d’une aventure avec elle. Mais tel est pris qui croyait prendre… La vie paisible de Consilience et Positron, sa jumelle-prison – peuplée de trajets en scooter, de voisins courtois, de fabriques d’ours en peluche pour la bonne cause, d’élevage de poulets – n’est finalement que la façade d’un projet sombre où l’argent prédomine sur la morale. Tous les moyens sont bons pour rentabiliser un maximum l’installation, quitte à perdre quelques brebis en route.

Je dois avouer que les choses ont parfois pris un tournant tellement ahurissant que ce roman n’avait aucune chance d’être tel que je l’avais imaginé. Margaret Atwood m’a prise au dépourvu et une fois accoutumée à la narration détachée et factuelle, un brin sarcastique aussi, je me suis volontiers pris au jeu. La distance instaurée par ce choix de narration m’a empêchée de vraiment m’attacher aux protagonistes, mais crée d’un autre côté une complicité avec l’autrice et colle bien aux rebondissements de plus en plus déjantés. Une autrice qui évite par ailleurs l’écueil du manichéisme en plantant des personnages comme vous et moi, avec des qualités et des défauts, des forces et des faiblesses, qui devront faire face aux conséquences désastreuses de choix pris avec le coeur plutôt qu’avec la tête. Charmaine et Stan vont se retrouver face à des dilemmes impossibles où personne ne semble pouvoir sortir vainqueur. Avec ce roman, Margaret Atwood se dresse face au capitalisme inconsidéré, où au nom des bénéfices, on en vient à oublier notre humanité. Où on exploite les peurs et le désespoir des plus vulnérables pour les tourner en profits. Où l’on manipule et conditionne l’individu pour servir le plus grand nombre. Elle nous pose des questions cruciales comme une vie facile et confortable mérite-t-elle vraiment d’y sacrifier ses libertés individuelles ? À en vouloir plus, il arrive de perdre de vue ce que l’on avait déjà…

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