La première fois qu’on m’a embrassée… – Colleen OAKLEY

⌧ FICHE TECHNIQUE ⌧

Titre français : La première fois qu’on m’a embrassée, je suis morte
Titre original : Close enough to touch
Auteur : Colleen OAKLEY
Parution : 17 Janvier 2018
Éditeur : Milady
Pagination : 512
Prix : 18,20 €

⌧ SYNOPSIS ⌧

Jubilee Jenkins souffre d’un mal extrêmement rare : elle est allergique au contact humain. Après avoir été embrassée par un garçon au lycée, elle se retrouve aux urgences à la suite d’un choc anaphylactique. Dès lors, elle décide de ne plus sortir de chez elle pendant des années. Mais à la mort de sa mère, Jubilee doit affronter le monde et les gens. Un jour, à la bibliothèque, elle fait la connaissance d’Éric Keegan et de son fils adoptif, un petit génie perturbé. Bien qu’Éric ne comprenne pas pourquoi Jubilee le tient à distance, il est sous le charme… De manière inattendue, leur rencontre va permettre à ce trio irrésistible de s’ouvrir à la vie et à l’amour.

⌧ CHRONIQUE ⌧

Intrigue ∎∎∎∎ Rythme ∎∎∎∎ Créativité ∎∎∎∎∎
Écriture ∎∎∎∎ Personnages ∎∎∎∎∎ Sentiments ∎∎∎∎∎

Depuis toute petite, Jubilee Jenkins souffre d’une allergie peu commune au contact humain (aux cellules épithéliales étrangères, plus précisément). Une simple caresse, un effleurement, et son organisme part en guerre, allant d’une simple poussée d’urticaire au choc anaphylactique mortel. Comme lorsqu’un garçon de son lycée se met en tête de l’embrasser à pleine bouche pour épater la galerie.

C’était le premier baiser de Jubilee et il a failli lui coûter la vie.

Une fois sortie de l’hôpital, la jeune fille se coupe du monde, terrorisée à l’idée de s’exposer à nouveau à de tels risques. Elle s’emmure chez elle pour ne plus en sortir. À l’heure d’internet, tout peut se faire à domicile : suivre une formation professionnelle, se faire livrer des courses alimentaires, mener ses loisirs,…  Jubilee entretient une relation compliquée avec sa mère que Colleen Oakley nous dépeint assez frivole et superficielle. Il y a une distance instaurée de longue date entre ces deux-là, physique par la force des choses, et émotionnelle également. Quand sa mère finit par quitter leur foyer pour refaire sa vie avec un homme, Jubilee ne semble pas si affectée que ça. Après tout, il y avait déjà ce mur entre elles et même séparées, on continue de lui payer le gîte et le couvert.

Seulement, dans la vie comme dans les romans, rien n’est éternel : sa mère décède brutalement et Jubilee se retrouve sans ressources. Elle garde la maison, mais finie la rente ! Elle va devoir trouver un emploi au plus vite pour subvenir à ses besoins. Mais après neuf années passées en complète autarcie, à éviter jusqu’au facteur, le retour à une vie dite « normale » est plus violent que jamais.

J’ai parfois trouvé que Jubilee s’apitoyait sur son sort au début du roman. Sa situation est complexe et éprouvante, mais elle avait tendance à occulter tout ce qui lui restait. Heureusement, elle se voit vite proposer un poste de bibliothécaire par Madison, une ancienne élève de son lycée. Armée de sa paire de gants et de ses manches longues, Jubilee se fait petit à petit une place au sein de l’équipe qui est à mille lieues de connaître la condition médicale justifiant ses excentricités.

C’est là aussi qu’elle va rencontrer Aja, un petit garçon aussi surdoué qu’agité. Persuadé d’avoir des super pouvoirs, il se met régulièrement en danger et pousse son entourage à bout, au point où on en vient à se demander s’il ne souffre pas d’autisme. Il se lie rapidement d’amitié avec Jubilee qu’il perçoit comme une héroïne badass tout droit sortie des X-men, et un trio atypique se forme bientôt entre elle, le garçon et son père adoptif Éric.

Éric est dépassé dans bien des domaines. Fraîchement séparé, il entretient des rapports conflictuels avec son ex-femme qui lui reproche son manque d’investissement auprès de leur fille qui au jour d’aujourd’hui refuse de lui adresser la parole, même par téléphone. Il peine également à établir un véritable contact avec Aja dont il peine à gérer l’impulsivité. Il trouvera en Jubilee une alliée en or et en leur compagnie, la jeune fille apprendra réciproquement à se rouvrir aux autres et à la vie.

J’ai hésité à me lancer dans cette lecture. Sans la couverture mettant les livres à l’honneur (pour évoquer l’amour de Jubilee pour la littérature), j’aurais d’ailleurs sûrement passé mon chemin parce que le titre me faisait a priori penser à une histoire de vampires. Je suis ravie d’avoir su dépasser tout ça parce que j’ai vraiment passé un excellent moment en leur compagnie.

D’une plume légère et soignée, Colleen Oakley nous campe des personnages à la fois vulnérables et entiers. Jubilee souffre de son isolement total mais est terrifiée à l’idée de mourir au contact de quelqu’un dans un magasin, dans la rue. Elle peut contrôler chaque aspect de sa vie dans sa maison mais elle ne pourra jamais avoir la moindre emprise sur les autres, leurs actes, leurs décisions. De son côté, Aja peine à faire le deuil de ses parents et se réfugie dans un monde imaginaire, parfois au péril de sa vie. Éric est complètement paumé depuis sa séparation, il est en manque de repères, ne sait comment mener cette nouvelle vie qui s’est imposée à lui. Il est plein de bonnes intentions mais se montre souvent terriblement maladroit.  Il y a également toute une galerie de personnages secondaires attachants comme Madison, cette ex-lycéenne populaire qui prend aujourd’hui sous son aile Jubilee la paria. Et le fait avec humour et sincérité. Ou la sœur d’Éric qui répond toujours présente pour veiller sur lui et Aja.

Si le fond du récit est romancé, il serait réducteur de ne parler que de ça. Oui, Jubilee et Éric vont progressivement se rapprocher, ils vont dompter leurs peurs et réapprendre à aimer. Avec un terrible obstacle entre eux deux : l’allergie mortelle de la jeune fille. Colleen Oakley en parle d’ailleurs à la perfection. On sent qu’elle a fait des recherches pour introduire en un juste équilibre des précisions médicales crédibles sur le calvaire vécu par Jubilee. Mais elle évoque aussi des thèmes bien plus complexes et sensibles comme les problèmes de communication au sein d’une famille, qu’il s’agisse de celle de Jubilee ou de celle d’Éric, et des dégâts que cela occasionne sur le long terme. Elle développe le deuil chez l’enfant, la phobie sociale, l’importance  du toucher dans le développement de la personnalité et dans l’épanouissement au quotidien. C’est un bel hymne à l’empathie et au lâcher-prise, à l’ouverture d’esprit et à l’amour sous toutes ses formes.

J’ai cru comprendre que la fin en avait déçu quelques-uns. Pour ma part, cela n’a pas été le cas. Je l’ai trouvée aussi atypique que son héroïne dont le parcours nous fait volontiers passer du rire aux larmes, et en ce sens, elle m’a paru très juste. Tout ne s’arrange pas d’un coup de baguette magique, les personnages vont devoir prendre le taureau par les cornes et affronter leurs plus grandes peurs dans l’espoir d’en ressortir grandis. La conclusion ne s’offre donc pas non plus aux lecteurs sur un plateau d’argent. Pour autant, elle est ouverte sans trop l’être. Elle clôt correctement l’aventure et distille des indices sur ce qui sera.

En un mot comme en cent, j’ai adoré !

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.