L’Opéra Macabre — Jeanne Faivre d’Arcier

⌧ FICHE TECHNIQUE ⌧

Titre : L’Opéra Macabre, L’Intégrale
Auteur : Jeanne FAIVRE D’ARCIER
Date de Parution : 12 Juillet 2013
Éditeur : Bragelonne
Nombre de Pages : 525
Prix : 25 €

⌧ SYNOPSIS ⌧

Des maisons closes d’Alger aux dédales de Bombay, des ruelles sombres de Séville aux bûchers funéraires de Bénarès, les créatures de la nuit ne cessent d’envoûter les humains qui croisent leur route. Mais aujourd’hui comme hier, Carmilla, la sublime danseuse de flamenco vampire, ou Mâra, la Déesse écarlate, qui fut l’amante du Prince des Démons avant de devenir la favorite de nombreux maharadjahs, restent femmes jusqu’au bout des ongles : leurs passions et leurs vengeances sont implacables, surtout lorsqu’elles se piquent d’aimer des tueurs de vampires ou d’exterminer les buveurs de sang assez fous pour les combattre. Entre l’or rouge et la magie noire, la crasse des théâtres et les sortilèges des palais indiens, la guerre du sang s’annonce plus funeste que jamais…

Voici enfin « Rouge flamenco » et « La Déesse écarlate » (prix Ozone 1998) réunis en intégrale, dans une édition entièrement revue et corrigée.

⌧ CHRONIQUE ⌧

Jeanne Faivre d’Arcier a été surnommée la « Anne Rice française » et après cette lecture, je dois bien avouer que je suis d’accord avec cette affirmation. L’ambiance des deux romans regroupés dans cette intégrale est très sombre, et comme son titre l’indique, parfois même macabre. L’auteur ne transige pas avec le sort de ses personnages et n’hésite pas à les torturer physiquement et psychologiquement.

Dans « Rouge Flamenco », nous découvrons un Paris subjugué par une danseuse aux origines mystérieuses. Sa technique dénote qu’elle n’est pas gipsy de naissance, mais la grâce et la liberté de ses pas fascinent d’autant plus les spectateurs. Ce que ces derniers ignorent, c’est que Carmilla est un vampire et qu’elle a trouvé dans la danse une forme d’expression qui la soulage du poids d’une éternité qu’elle n’a pas choisie. Jusqu’au jour où un de ses congénères retrouve sa trace, mais refuse pendant un temps de dévoiler ses motifs.

L’auteur revient alors en arrière pour nous parler de son héroïne, de la vie de ses parents, des conditions dans lesquelles elle a vécu étant enfant, de sa transformation, de sa vie de vampire jusqu’à aujourd’hui. Et à partir de là, de sa quête encore inachevée, censée lui faire retrouver le vampire lui ayant donné naissance. Carmilla est un vampire moderne : elle s’intéresse aux sciences, au monde des hommes, à leur histoire,… Elle vit parmi eux quand la majorité de ses congénères s’en cachent dans des lieux stéréotypés comme de vieux châteaux en ruines ou des caves humides. Carmilla flamboie et bien qu’elle ait toujours besoin de sang, elle ne ressent plus les plaisirs de la chasse. Mais toute cette modernité ne l’aide en rien face à son éternel dilemme : son créateur lui a caché son identité et l’a privée par là-même d’une partie de son héritage. Elle en reste tourmentée, mais découvrira que cette crise identitaire n’est rien comparée aux déboires qui l’attendent suite à une découverte qui pourrait aider à la fois les vampires et les hommes.

Jeanne Faivre d’Arcier nous fait voyager à travers la France d’Outre-Mer, l’Algérie, l’Espagne d’un autre temps. J’ai parfois été gênée par le manque de références temporelles au cours du récit. On se perd facilement dans les époques évoquées ou dans le nombre d’années écoulées entre tel et tel épisode. L’auteur nous transporte ensuite en France métropolitaine, Aux États-Unis, et en d’autres terres bien plus froides. Elle nous dépeint des personnages aussi riches que sa plume et ses décors, empreints de dualités et de paradoxes. Tour à tour charmeuse et implacable, Carmilla séduit autant qu’elle extermine. À la fois vampire et humaine dans l’âme, elle fascine son entourage sans vraiment le réaliser.

Dans « La Déesse Écarlate », nous retrouvons Mâra, l’ancienne amante de Carmilla. De retour en Inde, cette dernière tente de se ressourcer et prendre un nouveau départ. Là aussi, Jeanne Faivre d’Arcier revient sur les origines de son héroïne et nous découvrons progressivement en quoi Mâra est différente des vampires d’occident. Elle joue à nouveau sur des concepts radicalement opposés et décline toute une gamme d’oxymores aussi dépaysants qu’enivrants. Le luxe de la vie dans les harems d’antan se distingue avec éclat de l’extrême misère des bas quartiers de Bombay aujourd’hui.

L’auteur aborde des thèmes très sensibles comme la prostitution, les sectes et les sacrifices humains. Le parcours de Mâra n’a rien à envier au final glauque des aventures de Carmilla. Pourtant, elle ne verse jamais dans le terriblement malsain ; elle nous parle surtout d’êtres vivants (ou non) en quête d’eux-mêmes. Vampires, dieux et hommes ont leurs forces et leurs faiblesses, et s’opposent tour à tour à travers la destinée de Jonathan / Kim, un orphelin indien recueilli par un couple vivant en France. Comme Carmilla, il a soif d’apprendre d’où il vient et ce que signifient ces étranges rêves hantant ses nuits depuis toujours.

L’histoire de Mâra est plus spirituelle que celle de notre danseuse de flamenco. L’auteur nous ouvre les portes des croyances hindoues, de différents dialectes, cultures et modes de vie. Elle nous présente tout un panthéon de divinités pour mener son intrigue à terme et parvient là aussi à jouer sur leur faste et leur hypocrisie, avec une touche d’humour.

Ces deux romans ne sont pas parfaits. Des problèmes de rythme freinent un peu l’enthousiasme quand les chemins se compliquent inutilement, comme quand Carmilla est contrainte de fuir Paris. Son attitude frôle même l’incohérence quand on la compare au discours qu’elle tenait jusqu’ici. D’un autre côté, des scènes assez complexes sont abrégées sous couvert de la magie, comme l’assaut final opposant Mâra à son ennemi de toujours. De mon point de vue, l’intégrale souffre également de légers problèmes de registre. Contrairement aux vampires sans âge, j’ai par exemple trouvé le langage de Jonathan bien trop soutenu pour notre époque. J’ai eu du mal à entendre certaines tournures de phrase dans la bouche d’un jeune homme de vingt-cinq ans.

Cette lecture est toutefois restée très agréable. Le style recherché de l’auteur demande du temps pour l’apprécier dans toute sa splendeur (et son horreur). Il envoûte le lecteur de par ses charmes et son romantisme sauvage, et l’écrase de chaleur ou de responsabilités dans les pages suivantes. L’aventure était assez étrange – dans le bon sens du terme – et possède une ambiance propre et unique malgré les nombreuses civilisations abordées.

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