Petits Oiseaux — Yôko Ogawa

⌧ FICHE TECHNIQUE ⌧

Titre français : Petits oiseaux
Titre original : Kotori
Auteur : Yôko OGAWA
Date de Parution : 03 Septembre 2014
Éditeur : Actes Sud
Nombre de Pages : 269
Prix : 21,80 €

⌧ SYNOPSIS ⌧

Il est le seul à pouvoir apprendre la langue pawpaw afin de communiquer avec son frère aîné, cet enfant rêveur qui ne parle que le langage des oiseaux, n’emploie que ces mots flûtés oubliés depuis longtemps par les humains.
Après la mort de leurs parents, les deux hommes demeurent ensemble dans la maison familiale. D’une gentillesse extrême, l’aîné, qui ne travaille pas, se poste chaque jour tout contre le grillage de la volière de l’école maternelle. Peu à peu, la directrice remarque son calme rassurant pour les oiseaux, sa façon subtile de les interpeler, et lui confie l’entretien de la cage.
Quant au cadet, régisseur de l’ancienne résidence secondaire d’un riche propriétaire du pays, le jardin de roses, les boiseries des salons, la transparence des baies vitrées sont à la mesure de son attachement pour les lieux de mémoire.
Parfois, les deux frères décident de “partir en voyage”. Valises en main, ils font halte devant la volière. Ravis de palabrer avec les moineaux de Java, les bengalis ou les canaris citron, ils oublient dans l’instant tout projet de départ. Un jour pourtant le calme du quartier semble en danger, une enfant de l’école disparaît.
« Petits oiseaux » est un roman d’une douceur salvatrice qui nous confie un monde où la différence n’influe pas sur le bonheur, où la solitude conduit à un bel univers, un repli du temps préservant l’individu de ses absurdes travers, un pays où s’éploient la voix du poème, celle des histoires et des chants d’oiseaux, celle des mots oubliés.

⌧ CHRONIQUE ⌧

J’ai été très déçue par le travail de l’éditeur sur cet ouvrage. Je n’en ai pas tenu compte dans mon ressenti global puisque l’auteur n’y est pour rien et que la traduction est excellente, mais il me semblait tout de même important d’aborder le sujet dans ma chronique. Le format du livre n’est vraiment pas pratique. Petit et tout en longueur, la prise en main est terriblement inconfortable, peu importe la manière dont on s’y prend. Le synopsis comporte une erreur majeure : il nous apprend que la directrice charge l’aîné de l’entretien de la volière, alors que ce n’est pas du tout le cas ! Les oiseaux sont confiés aux bons soins du cadet, et pour une raison bien précise qui contribue à faire de ce livre un véritable petit bijou. Enfin, aborder la disparition de l’enfant me paraît totalement superflu. Le fait reste en arrière-plan et n’est évoqué que dans le dernier tiers du roman.

Pour en revenir au roman en lui-même, l’ambiance est typique de la littérature japonaise que j’ai pu lire jusqu’ici, même si je suis encore loin d’en être spécialiste. Le rythme est calme, indolent ; la plume de l’auteur est minutieuse et nous transporte de l’autre côté du monde. C’est un roman d’ambiance et en cela, il ne se passe pas grand chose. Et pourtant, Yôko Ogawa parvient à maintenir l’intérêt du lecteur.

Elle nous présente un jeune garçon, entouré de ses deux parents et de son frère aîné qui — on ne sait pour quelle raison — s’est mis à développer son propre langage et à n’utiliser que celui-ci. Le cadet l’appelle le langage pawpaw, comme la marque des sucettes qu’ils vont acheter ensemble chaque mercredi. Il est le seul à comprendre ses paroles et à ainsi pouvoir dialoguer avec lui. Yôko Ogawa centre d’ailleurs son récit sur ce personnage, que l’on va suivre de la petite enfance jusqu’à ses plus vieux jours. Il veille sans relâche sur le bien-être de son frère et fait preuve d’un grand sens de l’abnégation, sans jamais se plaindre de la solitude dans laquelle le plonge ces responsabilités, qu’il n’a jamais appelées mais qui découlent pour lui comme d’une évidence.

Le temps s’écoule paisiblement malgré le décès de leurs parents. Ils restent dans la maison familiale, et seul le cadet travaille pour subvenir à leurs besoins. Tout tourne autour des oiseaux. Le langage de l’aîné ressemble à leur chant et ce dernier développe des affinités très particulières avec différentes espèces de la volière comme avec celles de passage dans leur propre jardin. Les sucettes pawpaw constituent un véritable rituel pour eux et ont pour emblème un oiseau. Petit à petit, le cadet se fait lui aussi de plus en plus fasciné par les oiseaux. Sa démarche ne sera pas toujours la même, mais on le voit évoluer comme si rien ne pouvait venir le perturber. Les rares rencontres qu’il fait restent éphémères et jalonnent un parcours de vie tout à fait ordinaire, ce qui en fait une personne comme vous et moi. On assiste également aux changements qui surviennent dans leur entourage et dans la société en général. Le temps érode le monde par petites touches imperceptibles et il faut bien souvent observer les choses à l’échelle d’une vie humaine pour se rendre compte à quel point…

J’ai beaucoup aimé cette histoire d’un homme prêt à tous les sacrifices pour sa famille, qui apprend à s’épanouir dans la solitude sans jamais faire preuve de méchanceté ou d’amertume. Ce livre nous parle de différence, d’innocence et d’amour, des petits plaisirs de la vie, aussi monotone qu’elle puisse être. Ne vous attendez pas au moindre suspense… C’est un roman à l’ambiance unique, nostalgique, qui ne plaira probablement pas à tout le monde, mais qui saura en charmer plus d’un à travers la poésie de ses images. Il faut savoir prendre le temps de le parcourir, d’aller au-delà des bruits du monde et de la rage de vivre de certains, pour mieux savourer le chant des oiseaux que l’on entendrait presque entre les lignes.

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