À ce point de folie – FRANZOBEL

⌧ FICHE TECHNIQUE ⌧

Titre français : À ce point de folie
Titre original : Das floss der Medusa
Auteur : FRANZOBEL
Parution : 22 Août 2018
Éditeur : Flammarion
Pagination : 526
Prix : 22,90 €

⌧ SYNOPSIS ⌧

Le 17 juin 1816, La Méduse quitte Rochefort à destination de Saint-Louis, au Sénégal. À son bord, quelque 400 passagers et un équipage nombreux. Au commandement, un capitaine dont l’incompétence avérée est à l’origine du naufrage de la frégate après quelques jours de mer. Comme les chaloupes sont en trop petit nombre, 147 voyageurs sont abandonnés sur un radeau. Seuls quinze d’entre eux en réchapperont au terme de treize journées d’enfer, jalonnées de meurtres, de corps dépecés et d’ultimes stratégies de survie. L’un des rescapés, le médecin de bord Jean-Baptiste Henri Savigny, fera le récit de ce périple tragique, que le monde entier voudra connaître jusque dans ses détails les plus atroces…

⌧ CHRONIQUE ⌧

Ce roman historique s’ouvre sur le sauvetage des survivants du radeau de La Méduse, navire affrété pour mener des colons de la France vers Saint Louis au Sénégal. En à peine treize jours, les malheureux sont passés de cent quarante-sept à à peine quinze et les vestiges de leur combat pour la survie – un pied abandonné, des lambeaux de chair humaine pendant à un mât improvisé, un homme qui boit son urine  – sautent aux yeux effarés de l’équipage de l’Argus. On retrouve Osée Thomas, matelot de son état, trois ans après le drame. De retour en France, il a complètement perdu la tête. Quant à Savigny, le médecin de bord, il se bat contre des moulins à vent pour faire connaître la vérité sur leur calvaire. Puis l’auteur revient en arrière. Nous repartons à bord de La Méduse, plus fière que jamais, prête à fendre les eaux avec à son bord un équipage hétéroclite, composé de juifs, de noirs, d’enfants-mousse, de vieux loups de mer, de soldats, de bagnards, de fugueurs,… Les passagers ne sont pas en reste niveau diversité puisqu’on retrouve la famille Picard, épouse brimant tout ce qui bouge et enfants en bas âge compris, décidée à reprendre en main leurs plantations de coton pour améliorer leur train de vie. Il y a aussi les sœurs Lafitte, jamais mariées mais décidées à ouvrir un comptoir à Saint Louis. Un curé. Ou bien encore Schmaltz, le futur gouverneur e Saint-Louis, sa femme hautaine et maniérée et leur jolie fille qui fait chavirer le cœur des plus rustres. À la tête de ce joli monde, le capitaine Chaumareys, ancien douanier imbu de lui-même et royaliste, ne doit cette affectation que par des liens de sang et un petit coup de piston. Conscient de son incompétence, il se repose entièrement sur son ami d’enfance Richeford, qui se révèle vite mythomane en puissance et aussi dangereux dans son ignorance de la marine que son acolyte. Mais il y a des révolutionnaires parmi les plus haut-gradés et Chaumareys n’est pas prêt à reconnaître qu’il est complètement dépassé par les événements. Fardé de poudre, de rouge à lèvres, de vêtements de luxe et de l’imparable perruque blanche, il feint d’avoir la situation sous contrôle et brime ceux qui en laissent entendre autrement. Entre guerre des classes, egos surdimensionnés et divergences d’opinions politiques, tous les ingrédients sont réunis pour rendre la situation à bord particulièrement explosive.

Avec sa plume d’une incroyable richesse, qui nous rappelle qu’un auteur peut nous offrir une narration moderne avec le vocabulaire d’un temps révolu et un phrasé soutenu sans être ampoulé, Franzobel nous narre la traversée de La Méduse jusqu’au moment où elle va s’échouer au large de l’Afrique, forçant ses passagers à prendre tous les risques pour rejoindre la terre ferme. Il s’attarde souvent sur Victor, jeune homme de bonne famille en manque d’aventures qui s’est retrouvé là un peu par hasard et qui devient vite la cible préférée du cuisinier qu’il est censé servir. Le jour fatidique arrivé, comme pour le Titanic que Franzobel prend d’ailleurs un malin plaisir à évoquer, il n’y a pas assez de canots de sauvetage pour sauver tout le monde et l’on donne priorité aux gens de bonne naissance. Cent quarante-sept passagers finissent sur la touche, échoués sur un radeau impossible à manœuvrer, sans instruments de navigation, quasi sans provisions, au milieu d’une mer sans fin et sous un soleil de plomb. Les choses ne tardent pas à dégénérer et la loi du plus fort se fait vite prévaloir.

L’auteur utilise des figures de style originales et intéressantes comme le bégaiement de Lo-Lo-Lozach pour nous permettre de resituer sans problème les personnages les plus secondaires. Il glisse régulièrement des références culturelles dans son propos ainsi que des pointes d’humour, et évoque le secret imposé autour du naufrage de La Méduse. On sent l’énorme travail de recherches et de documentation derrière cette version romancée de faits historiques. Et également sa volonté d’y rester fidèle, de dépeindre la vérité crue, sans concession, de l’instant où l’inexorable renvoie l’Homme au statut de bête, prête à dévorer amis, femmes et enfants, pour repousser la mort aussi longtemps que possible. Je ne m’attendais pas à autant adhérer à ce récit. Découvrir la France du XIXème siècle à travers une plume aussi envoûtante a été un réel plaisir en dépit du contexte peu ragoûtant. En dépit de la densité du texte nécessitant des efforts de lecture plus soutenus qu’à l’ordinaire, je ne me suis pas ennuyée un seul instant et avais même du mal à lâcher le livre pour aller travailler. Un titre tellement abouti qu’il  fait à mes yeux partie des incontournables de cette Rentrée Littéraire !

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2 réflexions sur “À ce point de folie – FRANZOBEL

    • Thalyssa dit :

      Je serais moi aussi passée à côté si Babelio ne me l’avait pas proposé par e-mail. J’ai pas mal hésité, je manquais de temps entre le boulot et les cartons de déménagement et je n’étais pas sûre d’adhérer, mais finalement, ça me rappelle pourquoi je continue de bloguer : j’ai fait une belle découverte 🙂
      Merci pour ta visite, ma souricette :*

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